La politesse, un geste bénéfique pour soi-même
Et si les bonnes manières étaient l’une des clés de notre bien-être ? Dire que les marques de politesse viennent adoucir le quotidien de ceux à qui on les destine relève de l’évidence commune. Ce que l’on sait moins, en revanche, c’est qu’elles profitent autant (et peut-être même davantage) à celui qui les adresse. Raison de plus (quand bien même ces gestes seraient posés sans calcul) pour s’y consacrer avec soin !
Qu’est-ce que la politesse ?
Rappelons d’abord de quoi nous parlons. Les sciences sociales, qui définissent la politesse comme un ensemble de règles, de normes et de comportements visant à réguler nos interactions et maintenir notre cohésion sociale, en distinguent deux catégories : la politesse « active » (écouter parler son interlocuteur) et la politesse « passive » (veiller à ne pas l’interrompre, s’abstenir d’un commentaire désobligeant…).
Les bienfaits physiologiques de la politesse
Et si cela peut parfois sembler contre-intuitif (vous brûlez peut-être de signifier audit interlocuteur ce que vous pensez de cette histoire rebattue), rester poli pourrait bien vous être plus bénéfique que vous ne pensez. Les neurosciences l’ont établi de longue date : les actes prosociaux (ces comportements volontaires marqués par l’entraide et la sollicitude) s’accompagnent d’effets physiologiques positifs notables.
Et parce qu’ils tendent à favoriser la libération de neuromédiateurs tels que les endorphines, ils contribuent (aussi) à votre propre bien-être. Mais ce n’est pas là le plus étonnant. Une étude publiée en 2016 dans la revue Clinical Psychological Science révèle que les marques de politesse « active » (comme tenir la porte derrière soi ou laisser sa place dans le bus) protègent aussi votre équilibre psychologique global.
Étude sur la politesse et le bien-être psychologique
Menée sur 151 participants, âgés de 18 à 65 ans, elle analysait ainsi le contenu de journaux de bord qu’ils tenaient quotidiennement durant quatorze jours. Y étaient rapportées les différentes sources de stress auxquelles ils étaient exposés (conflits personnels, pression professionnelle…), le nombre de comportements prosociaux qu’ils manifestaient et les affects positifs et négatifs qui les traversaient.
Résultats : une réduction significative de l’impact du stress
Résultats : les 95 % de participants qui avaient fait preuve de bonnes manières (lesquels rapportaient une moyenne de 1,8 acte prosocial par jour) témoignaient non seulement d’une « plus grande satisfaction morale », mais aussi d’une réduction de l’impact négatif du stress sur leur colère (-18 %), sur leur humeur positive (-25 %) et, de manière plus générale, sur leur bien-être psychologique (-32 %).
Ce dernier (mesuré par un indice scientifique évaluant tout à la fois leur humeur, leur énergie, la qualité de leur repos ou encore leur intérêt pour la vie quotidienne) se révélait ainsi le plus sensible aux effets de ces attentions. Permettant aux chercheurs en psychologie pilotant l’étude d’en conclure que le savoir-vivre, plus que sur les seules émotions, « atténuait les effets du stress sur le bien-être psychologique global ».
Politesse envers les robots : des effets similaires
Plus surprenant, une autre étude, menée en 2022, révélait que ces effets étaient si puissants qu’ils opéraient même si notre courtoisie se manifestait en l’absence d’un être humain. Publiée dans la revue scientifique International Journal of Social Robotics, elle observait des participants interagir, oralement et sur des tâches coopératives simples, avec des robots (non humanoïdes) présentant trois degrés de politesse.
Résultats : ceux qui étaient amenés à échanger avec les robots dotés des plus belles manières (utilisation de formules de politesse, emploi d’un ton amical, absence d’ordres directs) rapportaient non seulement plus de plaisir à lire leurs propos mais se montraient aussi plus polis en retour. Cette réciprocité les amenait, en outre, à juger l’interaction « plus agréable » et à voir augmenter leur « satisfaction personnelle ».
Qu’en retenir ?
D’abord, que l’on tire quasi invariablement profit de sa politesse. Y compris auprès d’individus que l’on peinerait à humaniser (comme ce peut être le cas sur internet, où l’incivilité verbale prospère). Mais aussi qu’elle inspire, dans la grande majorité des cas, des comportements réciproques. Preuves (à ceux qui douteraient d’y trouver leur compte) que la politesse est (aussi) un geste en faveur de soi…
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