Pair-aidance : l'entraide entre patients révolutionne la santé mentale à Marseille
Pair-aidance : l'entraide entre patients en santé mentale

Pair-aidance : l'entraide entre patients au secours de la santé mentale

À Marseille, des personnes vivant avec des troubles psychiques travaillent aux côtés de soignants pour accompagner des jeunes qui viennent de connaître un premier épisode psychotique. Ce dispositif, appelé pair-aidance, fait l'unanimité auprès des patients et des professionnels.

« Je vais bien, j’ai une vie normale. Ce n’était pas le cas il y a deux ans. » Un sourire au coin des lèvres, Anton (le prénom a été modifié) enlève sa casquette et passe la main dans ses cheveux. Assis dans un bureau du centre local d’intervention précoce en psychiatrie (Clip) des hôpitaux de Marseille, ce livreur de 26 ans revient sur la soirée de l’hiver 2024 qui l’a vu basculer.

À l’époque, lui qui a grandi en HLM rêvait de « faire de l’argent » et s’imposait un rythme de vie infernal : quatorze heures de travail par jour, six jours sur sept, si bien qu’il ne dormait plus. Une nuit de mars, Anton s’est senti épié. En pyjama, il a fui son appartement et couru à travers Marseille sur 3 kilomètres. Cet épisode paranoïaque, le premier de sa vie, a débouché sur une hospitalisation en psychiatrie.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

La rencontre décisive avec une médiatrice de santé-pair

À l’hôpital, Anton a fait la connaissance de Coralie Petit, médiatrice de santé-pair au Clip. Atteinte d’un trouble de la personnalité limite, elle utilise son expérience personnelle pour accompagner les jeunes patients. « C’est comme si elle était dans mon camp », confie Anton. Coralie lui a présenté le dispositif d’accompagnement sur mesure pour les jeunes de 16 à 30 ans qui viennent de vivre un premier épisode psychotique.

En France, au moins 200 pairs-aidants sont salariés dans des structures de soin. Le Clip de Marseille est l’un des pionniers en la matière. L’équipe pluridisciplinaire associe psychiatres, infirmiers, psychologues et médiateurs de santé-pair. Ces derniers apportent une expertise unique : celle du vécu de la maladie.

Un dispositif qui séduit patients et soignants

Pour les jeunes patients, la pair-aidance brise la solitude et l’incompréhension. « Avant, je pensais que j’étais fou, que personne ne pourrait me comprendre. Coralie m’a montré qu’on pouvait s’en sortir », explique Anton. Aujourd’hui, il travaille à temps partiel, suit un traitement et consulte régulièrement. Il envisage même de devenir pair-aidant à son tour.

Les soignants saluent également l’apport des pairs. « Ils facilitent l’alliance thérapeutique, réduisent la stigmatisation et améliorent l’observance des soins », souligne un psychiatre du Clip. L’efficacité du dispositif est telle que d’autres hôpitaux français s’en inspirent.

La pair-aidance repose sur un principe simple : partager son expérience pour aider les autres. Coralie Petit insiste : « Nous ne sommes pas des soignants, mais des témoins. Notre force, c’est d’avoir vécu la même chose. » Une approche humaine qui redonne espoir à des jeunes souvent désemparés face à la maladie psychique.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale