Montpellier : les chercheurs démunis par des moustiques de plus en plus résistants
Les moustiques, vecteurs de maladies handicapantes, posent un problème croissant dans la région de Montpellier. Les chercheurs et spécialistes de la démoustication, démunis face à un arsenal trop pauvre, ont interpellé la ministre de la Santé.
Une situation préoccupante
À Cayenne, en Guyane, l'utilisation du malathion, un insecticide interdit dans l'Union européenne depuis 2007, suscite la controverse. Jugé peu efficace, il fait face à des moustiques ayant développé une résistance. À 7 000 kilomètres de là, l'Entente interdépartementale de démoustication (EID) Méditerranée craint de se retrouver dans la même impasse avec seulement deux biocides disponibles. Ses représentants ont écrit à la ministre de la Santé pour réclamer un financement urgent de la recherche.
Le moustique tigre (Aedes albopictus) s'est installé dans la région, apportant avec lui des maladies comme la dengue (30 000 morts par an dans le monde) ou le chikungunya (200 000 cas, dix morts en Martinique, Guadeloupe et Guyane, plusieurs décès en Polynésie en 2014). À Montpellier, onze cas ont été recensés à l'automne dernier.
Une réduction drastique des substances utilisables
Christian Jean, président de l'EID, souligne que la situation est préoccupante : « Il est très rare que sept présidents de collectivités, dont celui du conseil régional, aient cette démarche commune. » Il rappelle que, conformément à une directive européenne de 1998, le nombre de substances est passé d'une dizaine en 2003 à seulement deux en 2010 : le BTI (Bacillus thuringiensis israelensis) et la deltaméthrine. Le premier, utilisé en traitement curatif sur les larves, n'agit que dans des milieux simples, sans végétation dense. La deltaméthrine, réservée au milieu urbain pour préserver les autres insectes, est un produit de rattrapage contre les moustiques adultes, dont 80 % vivent chez les particuliers, rendant toute stratégie orchestrée impossible.
Une question de santé publique
« Aucun industriel n'investit dans ce marché non rentable », dénonce Christian Jean, sensible aux nuisances croissantes ressenties par les Languedociens depuis l'été dernier, avec l'arrivée du moustique tigre. « La situation se dégrade depuis douze ans, malgré nos démarches et groupes de travail, y compris dans le cadre de l'Adege, l'agence nationale pour la démoustication et la gestion des espaces. »
Pendant cette période, les chercheurs ont identifié 338 substances utilisées en agriculture, dont 32 insecticides. Vingt et une pourraient compléter l'arsenal de l'EID, mais chaque test coûte un million d'euros. « L'État et l'UE doivent financer la recherche. C'est une question de santé publique », insiste-t-il. Jusqu'en 2010, les traitements en milieu naturel (moins de 5 % des traitements adulticides) suffisaient à contenir les nuisances résiduelles, notamment en Camargue. Ce n'est plus le cas.
Un problème européen
Frédéric Simard, responsable de l'unité de recherche sur les moustiques à l'IRD (Institut de recherche pour le développement), alerte : « Les zones littorales ne sont plus les seules concernées, l'Europe est menacée. L'UE doit mettre les moyens. Les moustiques peuvent s'adapter, laissant l'EID sans solution. » Il préconise de financer des études pour de nouvelles molécules et des solutions alternatives, comme la stérilisation des mâles par rayons gamma ou X. La première phase du projet, lancée il y a cinq ans, a déjà mobilisé 3 millions d'euros. Reste à vérifier son efficacité à grande échelle et à trouver un partenaire industriel. « On s'intéresse aussi aux bactéries hébergées par le moustique pour l'affaiblir », ajoute le chercheur.



