Selon une étude du Laboratoire d'évaluation du risque chimique pour le consommateur (Lercco) de l'université de Brest, les femmes utilisent en moyenne seize produits cosmétiques par jour. Plus les produits se multiplient, plus les substances s'accumulent dans l'organisme.
Une étude sur l'impact de la réduction des cosmétiques
Le 7 avril, une étude publiée dans Environment International s'est intéressée à l'utilisation des produits cosmétiques. D'après les conclusions des chercheurs de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), de l'Université Grenoble-Alpes et du CNRS, au sein de l'Institut pour l'avancée des biosciences et soutenue par la Commission européenne, utiliser moins de produits cosmétiques et de soin peut réduire rapidement l'exposition à plusieurs substances chimiques.
Un protocole scientifique rigoureux
Pour parvenir à cette conclusion, l'équipe a recruté une centaine d'étudiantes grenobloises âgées de 18 à 30 ans. Pendant cinq jours, toutes ont réduit leur nombre de produits cosmétiques utilisés. Les produits d'hygiène indispensable comme le savon ou le dentifrice ont été remplacés par des alternatives fournies par l'équipe de recherche et exemptes de phénols synthétiques, de parabènes, de phtalates et d'éthers de glycol.
Des dosages urinaires ont été réalisés avant et après ces cinq jours de restriction d'usage des cosmétiques. Les résultats ont été comparés et montrent une baisse significative des biomarqueurs d'exposition à ces substances.
Des résultats encourageants
« Nous avons remarqué une diminution assez importante des concentrations urinaires de certains polluants chimiques après cinq jours. Ces diminutions vont de 20 % pour le phtalate de diéthyle à jusqu'à plus de 60 % pour le phénoxyéthanol », liste Claire Philippat, chercheuse à l'Inserm et dernière autrice de l'étude. Une baisse de 39 % de la concentration urinaire de bisphénol A a également été remarquée.
Une telle diminution chez des femmes enceintes permettrait de prévenir environ 4 % des cas d'asthme chez les enfants exposés in utero. En plus des bénéfices sur la santé, il y aurait également une économie potentielle estimée à environ 9,7 millions d'euros par an en coûts de traitement et d'hospitalisation.
Le bisphénol A sous surveillance
En France, le bisphénol A n'est plus autorisé depuis 2005 comme ingrédient dans les produits de soin et cosmétiques. En cause ? Son caractère reprotoxique. Comme l'explique le ministère de la Santé, l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a conclu à l'existence de risques avérés chez l'animal (effets sur la reproduction, sur la glande mammaire, sur le métabolisme, le cerveau et le comportement) et d'effets suspectés chez l'Homme (effets sur la reproduction, sur le métabolisme et les pathologies cardio-vasculaires). Sa présence dans les cosmétiques pourrait alors résulter d'une contamination via le contenant ou pendant le processus de fabrication.
Un message de santé publique
Une fois que l'exposition du corps à certains polluants est terminée, l'organisme se débarrasse rapidement des substances étudiées. « La durée de vie de ces substances dans l'organisme est assez courte. Si on arrive à éliminer les sources de polluants de notre quotidien – en tout cas à les diminuer – les doses qui circulent dans notre organisme vont diminuer dans un délai relativement court. C'est ce que montre notre étude avec des diminutions nettes obtenues en seulement 5 jours. C'est encourageant en termes de message de santé publique », souligne la scientifique.
Au quotidien, il est recommandé de limiter au maximum le nombre de produits que l'on utilise et pour ceux utilisés d'opter pour des cosmétiques avec le plus faible nombre d'ingrédients en évitant les contenants plastiques.
Deux niveaux d'action
Les conclusions de cette étude mettent en avant l'intérêt de diminuer au quotidien son utilisation de produits cosmétiques. « Le message est à deux niveaux. Au niveau individuel, ces résultats prouvent l'intérêt de réduire au minimum l'utilisation des cosmétiques. Grâce à cela, nous pouvons rapidement diminuer nos expositions à des composés qui peuvent avoir des effets avérés pour la santé. Mais il ne faut pas s'appuyer seulement sur des changements de comportements individuels. Une manière de diminuer l'exposition aux polluants chimiques, c'est de mieux réglementer leur présence dans les cosmétiques », pointe Claire Philippat.
Avant de compléter : « Il y a des discussions au niveau européen autour d'un projet de loi qui vise à assouplir cette réglementation, et à autoriser plus longtemps des produits chimiques CMR (cancérigène, mutagène et reprotoxique) ce qui serait délétère car ces composés ont des effets avérés sur la santé ». En effet, la Commission propose d'étendre à cinq ans (57 mois) le délai laissé aux industriels pour écouler leurs stocks et reformuler leurs produits dans le cadre de la loi « Omnibus VI ». Le Parlement doit se prononcer fin avril.



