Alors que le thermomètre atteint des records en France et chez ses voisins européens, notre organisme est-il armé pour supporter ces chaleurs écrasantes ? Comment s'adapte-t-il et quelles sont ses limites physiologiques ? Le corps humain a besoin de « réguler sa température à 37 degrés pour fonctionner », rappelle en préambule le docteur Jean-Christophe Nogrette, secrétaire général du syndicat des médecins généralistes (MG France). « En ambiance chaude, il convient pour lui de mettre en œuvre des mécanismes de refroidissement. »
Les mécanismes de refroidissement du corps
Cette sorte de mise à jour biologique, qui exige du temps et beaucoup de ressources, est gérée dans notre cerveau, par l'hypothalamus. Cette glande joue le rôle d'un thermostat et de lanceur d'alerte. Quand la température extérieure s'envole, elle déclenche un plan de crise basé sur deux grands mécanismes.
Le premier est la vasodilatation périphérique. Le cœur se met à battre plus vite pour projeter le sang vers les vaisseaux de la peau, qui se dilatent. Le corps utilise l'air ambiant pour refroidir le sang. Problème : « Ce phénomène ne fonctionne plus à partir de 30 °C-32 °C », selon le médecin urgentiste Christophe Prudhomme, qui souligne qu'au-delà, « les capacités d'adaptation du corps diminuent. »
La sudation, un processus énergivore
Le second mécanisme est la sudation. En s'évaporant, la sueur emporte avec elle les calories de la peau. C'est l'évaporation de cette eau salée qu'on a sur le corps qui abaisse la température. « La transpiration est un processus actif qui consomme beaucoup d'énergie, ajoute le médecin généraliste Jean-Christophe Nogrette, secrétaire général du syndicat MG France. Il faut donc suffisamment d'énergie pour réguler cette température, en mangeant froid et un peu salé pour fixer l'eau qu'il faut consommer en abondance. » Une transpiration bénéfique. « Il faut toujours suer, car quand on ne sue plus, c'est qu'on est proche du coup de chaleur », alerte le médecin Christophe Prudhomme.
Le coup de chaleur, quand le corps est débordé et que la température interne grimpe au-delà de 40 °C, est une urgence vitale absolue qui peut causer des délires et des convulsions. Il nécessite d'appeler les secours (15).
L'acclimatation à la chaleur
Génie du corps humain, si la chaleur persiste dans le temps, l'organisme acquiert une meilleure tolérance et réduit les risques liés, comme la déshydratation et les accidents cardiovasculaires. Ce phénomène d'acclimatation s'obtient généralement entre huit et douze jours, précise l'Institut National de Recherche et de Sécurité (INRS). Mais ces modifications physiologiques ne sont hélas que transitoires, et s'atténuent pour disparaître totalement huit jours après l'arrêt de l'exposition à la chaleur.
Cependant, cette « mise à jour » biologique a un coût énergétique immense pour l'organisme. Cela explique pourquoi les fortes chaleurs sont plus dangereuses pour les populations vulnérables, avec un hypothalamus et une peau qui ont vieilli, et un système cardiovasculaire parfois fatigué. Chez les seniors, le corps ne transpire plus assez et stocke la chaleur. « On commence à devenir âgé après 50 ans, avec le développement de maladies chroniques, la prise de médicaments, souligne le médecin urgentiste Christophe Prudhomme. Or, tous les médicaments ne font pas bon ménage avec la chaleur, notamment ceux à visée cardiovasculaire et ceux à visée psychiatrique. »
Des changements brutaux qui font souffrir le corps
Avec la multiplication des canicules liées au changement climatique, l'organisme peut-il développer de nouvelles capacités d'adaptation à long terme ? Le problème, souligne Christophe Prudhomme, est que le corps a besoin de temps pour s'adapter. Et que ces épisodes de canicules ne durent quelques jours, voire une semaine, avant que les températures ne redescendent. « Le corps n'a pas le temps de s'habituer, et il souffre de ces changements brutaux », estime le médecin parisien, qui évoque le nécessaire changement de mode de vie pour s'adapter aux fortes chaleurs qui se multiplient. « Cela concerne les habitudes vestimentaires, alimentaires, l'isolation du bâti, et l'on voit bien que tout ça va nécessiter beaucoup de travail », ajoute-t-il.



