Médecine : le Dr Michel Caillol définit le « juste soin » contre l'automatisme technique
Le « juste soin » en médecine : entre humanité et sobriété

Le juste soin : une réponse éthique à la technicisation de la médecine

Dans le cadre des États généraux de la bioéthique 2026, le Dr Michel Caillol, médecin et philosophe, apporte un éclairage crucial sur les concepts de sobriété en médecine et de juste soin. Ces notions, au cœur des débats organisés par l'Espace éthique PACA-Corse à Toulon et Nice, interrogent profondément les pratiques médicales contemporaines.

Distinguer sobriété économique et éthique du soin

Le Dr Caillol établit une distinction fondamentale : la sobriété en médecine relève principalement d'une logique économique, visant à contrôler les coûts des soins. « Ce n'est pas totalement idiot, mais c'est un peu brutal », reconnaît-il. En revanche, le « juste soin » représente une approche plus éthique, où l'objectif est de soigner mieux tout en dépensant moins, ou inversement.

Lutter contre les automatismes techniques

Pour le médecin philosophe, le juste soin commence par combattre les automatismes et la technicisation excessive de la médecine. « Si je n'évalue pas l'intérêt, l'apport, la bientraitance des techniques que je propose à un malade, je ne suis plus soignant. Je deviens technicien du soin », affirme-t-il. Il illustre ce propos par un exemple concret : la toilette quotidienne des patients. Réfléchir à sa pertinence au cas par cas plutôt que de l'appliquer systématiquement constitue une démarche éthique essentielle.

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Les dérives de la médecine technique

Le Dr Caillol dénonce l'inflation des examens techniques, comme les IRM prescrits parfois inutilement pour des douleurs au genou, alors qu'un bon examen clinique suffirait dans 80% des cas. Cette pratique engendre des coûts élevés et nuit à l'accès aux soins pour ceux qui en ont réellement besoin. Poussée à l'extrême, cette logique conduit à l'obstination déraisonnable, notamment en fin de vie, où des traitements sont poursuivis automatiquement sans bénéfice pour le patient.

Éviter les excès : entre utilitarisme et humanisme

Le médecin met en garde contre les risques d'un utilitarisme excessif, illustré par le refus de dialyse pour les patients de plus de 65 ans souffrant d'insuffisance rénale terminale dans certains pays comme l'Angleterre. La France cherche un équilibre, évitant à la fois le tout-technique et le rationnement purement économique. Pour trouver ce point d'équilibre, le Dr Caillol s'inspire de la philosophie aristotélicienne de l'arête d'excellence, où la vertu se situe entre deux vices.

Cas concrets et questionnements éthiques

Lors des débats à Marseille, des situations cliniques complexes ont été discutées, comme le traitement d'une leucémie chronique chez un patient de 80 ans. « Est-ce que ça vaut le coup de dépenser énormément d'argent pour, peut-être, ne pas changer sa durée de vie, ou la changer d'un an ou deux ? », interroge le Dr Caillol, reconnaissant qu'il n'existe pas de réponse simple. Le juste soin exige un questionnement éthique constant, adapté à chaque individu.

Perspectives législatives et réflexion collective

Ces discussions s'inscrivent dans la préparation des lois de bioéthique prévues en 2027. L'Espace éthique PACA-Corse a organisé des réunions dans plusieurs villes (Marseille, Gap, Toulon, Digne, Avignon, Nice) avec des soignants et le public. Une synthèse sera transmise au Comité consultatif national d'éthique, contribuant ainsi à façonner l'avenir de la médecine française vers plus d'humanité et de pertinence.

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