Infantisme : comment la discrimination ordinaire envers les enfants détruit leur santé mentale
Infantisme : la discrimination qui abîme la santé mentale des enfants

Infantisme : une violence invisible qui mine la santé mentale des enfants

L'infantisme désigne la discrimination et la domination ordinaires exercées par les adultes sur les enfants, un phénomène insidieux qui, en excluant les mineurs de l'espace public et en exigeant leur silence absolu, fragilise profondément et durablement leur santé mentale. La pédopsychiatre et sociologue Laelia Benoit, chercheuse à l'Inserm et autrice du livre Infantisme, décrypte ce concept et ses lourdes répercussions.

Qu'est-ce que l'infantisme et comment se manifeste-t-il ?

Traduit du terme anglophone childism, l'infantisme englobe les préjugés, stéréotypes et discriminations ciblant les enfants et adolescents. Il repose sur la croyance que les mineurs appartiennent aux adultes et doivent être contrôlés pour leur confort. Ce phénomène se glisse dans le quotidien à travers des remarques banalisées comme « il m'a encore fait un caprice » ou « elle sait y faire pour nous manipuler ». Il est également visible dans les consultations médicales où le soignant ignore le jeune patient, ou dans les rires moqueurs face à une tristesse enfantine. Profondément ancré dans notre culture, l'infantisme opère de manière inconsciente, rendant les adultes à la fois témoins et acteurs de cette discrimination.

Les origines et le mythe destructeur de l'enfant sage

Ce besoin de dominer les enfants n'est pas nouveau ; il découle de la dynamique des privilèges dans des sociétés où un groupe détient plus de pouvoir. Remettre en question l'infantisme demande un effort conscient, mais des évolutions comme la loi de 2019 interdisant les châtiments corporels en France montrent une prise de conscience. Parallèlement, le mythe de l'« enfant sage » – silencieux, immobile et obéissant – pèse lourdement sur les jeunes, qui doivent nier leurs émotions pour le confort des adultes. Cette injonction isole aussi les parents, contraints dans les espaces publics comme les trains ou avions à occuper leurs enfants avec des écrans pour éviter les regards réprobateurs.

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Conséquences sur la santé mentale et lien avec les abus

Les conséquences de l'infantisme sont profondes et durables, fabriquant des adultes anxieux. Lorsque les pleurs sont perçus comme un affront, l'enfant subit une « double punition » : il vit la frustration, puis est puni pour l'avoir exprimée. Cette domination paralyse l'initiative en abolissant le droit à l'erreur, comme lorsque les enfants sont exclus de certains wagons de train ou de mariages. Ce rejet envoie un message violent : « Si tu n'es pas silencieux et parfait d'emblée, tu n'as pas ta place parmi nous ». De plus, l'infantisme fige le cerveau dans un schéma relationnel binaire où le dominant impose et le dominé s'écrase, empêchant l'apprentissage de la négociation et de l'argumentation. Enfin, ce phénomène prépare le terrain aux abus : un enfant habitué à obéir sans condition aura du mal à se défendre face à un abus de pouvoir.

Agir en tant que parent et l'éco-anxiété comme symptôme

Pour contrer l'infantisme, les parents peuvent adopter plusieurs stratégies :

  • Promouvoir l'alphabétisation émotionnelle en aidant l'enfant à nommer et traverser ses émotions.
  • Bannir l'humiliation en imposant des limites claires sans recourir à la violence verbale ou aux moqueries.
  • Expliquer et dialoguer pour justifier les décisions, renforçant ainsi l'esprit critique de l'enfant.
  • Intégrer les enfants à l'espace public, acceptant que les apprentissages et maladresses fassent partie du vivre-ensemble.
À l'échelle collective, l'infantisme se manifeste aussi par une inversion des rôles, où la société attend des jeunes qu'ils règlent des problèmes comme la crise climatique tout en invalidant leur parole. L'éco-anxiété massive chez les jeunes n'est ainsi pas une pathologie individuelle, mais une réaction rationnelle face à ce mépris sociétal.

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