Une étude américaine publiée début septembre révèle que consulter son smartphone aux toilettes augmente de 46 % le risque de souffrir d'hémorroïdes. Le Dr Jean-Michel Didelot, gastro-entérologue montpelliérain spécialisé en colo-proctologie, confirme que c'est un sujet récurrent dans ses consultations.
Le temps passé sur la cuvette : un facteur de risque majeur
Rester longtemps assis sur la cuvette des toilettes est le premier facteur de risque hémorroïdaire. L'étude indique que 40 % des personnes qui utilisent leur smartphone aux toilettes y restent plus de cinq minutes, augmentant ainsi le risque de 46 %. Le Dr Didelot rappelle les recommandations : il ne faut pas dépasser cinq minutes sur la cuvette. « Je vois régulièrement des patients qui restent jusqu'à trois quarts d'heure aux toilettes, souvent en disant 'là je suis tranquille'. C'est confondant, mais c'est du quotidien », explique-t-il.
Pourquoi rester longtemps est dangereux
Le tissu de soutien des hémorroïdes internes peut craquer sous l'effet de la station prolongée, provoquant leur sortie et des saignements. « Si on attend un quart d'heure aux toilettes en espérant que ça vienne, on est souvent déçu. On casse le tissu de soutien et ça finit avec des complications », précise le spécialiste. Il insiste sur ce point depuis vingt-cinq ans, notamment auprès des hommes, qui restent plus longtemps aux toilettes que les femmes, pourtant plus constipées en moyenne.
Les hémorroïdes : une pathologie taboue mais fréquente
Le Dr Didelot rappelle que tout le monde a des hémorroïdes, c'est anatomique. L'âge moyen pour être opéré est de 45 ans, ce n'est donc pas une pathologie réservée aux personnes âgées. Contrairement aux idées reçues, l'alimentation n'a pas d'influence directe, même si la constipation augmente le temps passé aux toilettes. Les facteurs de risque avérés sont la grossesse, l'accouchement, la diarrhée ou la constipation. En revanche, l'alcool, les épices, le tabac et le café n'ont pas de rôle prouvé.
Première consultation : régulariser le transit
Lors d'une première consultation, le médecin conseille de régulariser le transit à l'aide de laxatifs ou de régulateurs. Beaucoup de patients voient leur situation s'améliorer avec une prise en charge hygiéno-diététique, médicale ou instrumentale simple. Seuls 10 à 15 % des patients consultés nécessitent une opération.
Ne pas confondre hémorroïdes et autres pathologies
Le Dr Didelot met en garde : « Dès qu'on a un problème au niveau de l'anus, on dit 'hémorroïdes'. » Or, une douleur peut être liée à une fissure anale, un abcès anal ou une thrombose hémorroïdaire externe. Il est essentiel d'éliminer des pathologies graves comme le cancer de l'anus, du rectum ou du côlon en cas de saignement. « J'ai eu cette semaine deux patientes persuadées d'avoir des hémorroïdes, qui avaient en réalité un cancer de l'anus », témoigne-t-il.
Quand envisager une opération ?
L'opération est envisagée en cas de crises trop fréquentes (plus de 3 à 4 par an, invalidantes pendant une semaine) ou de saignements importants entraînant une anémie. Le choix de la technique chirurgicale se fait après discussion avec le patient. Outre l'opération classique (existante depuis 1937), des techniques mini-invasives comme la ligature Doppler des artères hémorroïdaires ou la radiofréquence sont moins douloureuses et tout aussi efficaces. Dans l'activité du Dr Didelot, la technique classique représente 20 % des interventions, contre 80 % pour les techniques récentes.
Le tabou persiste mais le dialogue s'améliore
Les patients qui consultent un proctologue ont déjà franchi un cap. Le but de la consultation est de les mettre en confiance et de leur rappeler qu'ils ne sont pas seuls : 20 % des Français déclarent avoir eu un problème d'hémorroïdes dans l'année écoulée.



