À Nice, une étude menée sur dix ans aux urgences de l'hôpital Lenval révèle une hausse significative des idées et tentatives de suicide chez les adolescents, avec une augmentation de près de 290 % chez les filles. Ce phénomène, qui représente la deuxième cause de mortalité chez les jeunes après les accidents de la route, est particulièrement alarmant dans la région niçoise.
Une étude de grande ampleur
L'étude, codirigée par les Drs Arnaud Fernandez et Louise-Émilie Dumas, pédopsychiatres à l'hôpital Lenval, a été publiée en 2025. Elle recense pas moins de 3 263 passages aux urgences pour comportements suicidaires entre 2013 et 2023. Les chiffres montrent une explosion des consultations pour idées suicidaires ou tentatives de suicide chez les jeunes filles, avec une hausse de 290 %, tandis que les actes d'automutilation augmentaient de 153 %.
Les adolescentes en première ligne
En 2023, les adolescentes représentaient 80 % de l'ensemble des consultations pour idées suicidaires. Cependant, les spécialistes nuancent : l'expression de la souffrance diffère selon le sexe. Les filles expriment plus facilement leurs émotions et demandent de l'aide, tandis que les garçons manifestent un mal-être plus silencieux, souvent par des actes à risque. Les méthodes de passage à l'acte varient également : les filles recourent majoritairement à des intoxications médicamenteuses, tandis que les garçons utilisent des objets contondants ou adoptent des conduites dangereuses.
Nice, lieu de compréhension du traumatisme
Les pédopsychiatres niçois participent à une large étude pour explorer les causes de cette augmentation. Pour les spécialistes, le poids d'un quotidien anxiogène est indéniable. Nice a été marquée par des événements graves : l'attentat de 2016 sur la promenade des Anglais, le confinement de 2020, l'attentat à la basilique Notre-Dame, et la tempête Alex. À cela s'ajoutent l'éco-anxiété, les conflits internationaux et la médiatisation des attaques au couteau, qui impactent la santé mentale des adolescents.
Vers une approche genrée du soin psychique
L'étude suggère d'adapter les réponses hospitalières en fonction du genre. Pour les filles, qui sont en demande d'aide, une approche spécifique pourrait être bénéfique. Pour les garçons, l'enjeu est de développer des stratégies de repérage pour décoder une détresse plus silencieuse.
La crise suicidaire chez l'adolescent
Selon le Dr Dumas, la crise suicidaire chez l'adolescent correspond moins à une volonté de mourir qu'à une urgence à faire cesser une souffrance intolérable. Le cerveau adolescent, encore immature, a du mal à contenir ses émotions, comme une cocotte-minute qui déborde. Le jeune vit dans l'urgence, sans peser le pour et le contre, cherchant à mettre fin à une détresse intense et à un grand sentiment de solitude.
Cette étude, menée en collaboration avec les équipes de pédopsychiatrie d'Argenteuil, croise les témoignages de patients, de parents et de professionnels. Ses conclusions sont attendues dans les prochains mois.



