Un constat alarmant pour la protection de l'enfance dans le Gard
Jean-Philippe Itier, directeur général du Comité de protection de l’enfance et de l’adolescence Gard-Lozère (CPEAGL), dresse un bilan préoccupant de la situation actuelle. Selon lui, le système est saturé et les professionnels peinent à faire face à une demande croissante.
Le rôle du CPEAGL
Le CPEAGL est une association laïque fondée en 1936. Chaque année, elle accompagne 1 300 enfants, dont 1 100 dans le Gard. L’association gère cinq établissements et services : un dans le médico-social pour enfants handicapés avec troubles du comportement, et quatre dans le champ de la protection de l’enfance.
Des services dès la naissance
Le CPEAGL intervient dès la naissance. Le service d’investigation éducative réalise des enquêtes à la demande du juge des enfants pour évaluer les risques. L’AEMO (Action éducative en milieu ouvert) accompagne près de 950 enfants dans le Gard, chez leurs parents, avec un objectif de prévention. Enfin, la Maison d’enfants à caractère social (Mecs) Colibri accueille 40 enfants de 0 à 18 ans.
Une saturation généralisée
« En France, le dispositif de protection de l’enfant est complètement saturé, déplore Jean-Philippe Itier. Au niveau national, 400 000 enfants devraient bénéficier d’une mesure de protection sans en avoir. Dans le Gard, tous les types de mesures sont saturés : le service d’investigation compte 154 mesures en attente, et l’AEMO, 263. » Cette situation plonge les professionnels dans une perte de sens, avec « l’impression de vider la mer avec une petite cuillère ». Les départs de personnel se multiplient.
Les causes : mieux repérer, mais aussi plus de difficultés
Si le repérage des situations s’est amélioré, les difficultés des familles se sont aggravées. « Les situations sont plus dégradées qu’il y a dix ans », note le directeur. Il évoque des carences éducatives, des conflits parentaux, et surtout une augmentation des troubles de santé mentale chez les parents. Une étude menée sur 200 enfants à Marguerittes a révélé que 62 parents présentaient des troubles psychiatriques, dont 77 % sans suivi médical. Par ailleurs, 36 parents souffraient d’addictions (alcool, médicaments).
Les répercussions de la crise Covid
« Pendant la crise Covid, un relatif calme a régné dans les familles, mais plusieurs mois après, les effets se sont fait sentir : troubles de santé mentale chez les adolescents et jeunes adultes, comportements suicidaires en hausse », explique Jean-Philippe Itier.
Des besoins urgents
Pour améliorer la situation, le CPEAGL réclame des moyens supplémentaires, face à des difficultés de recrutement et au vieillissement des familles d’accueil. « Dans le Gard, on nous annonce 0 % d’augmentation budgétaire, déplore le directeur. La protection de l’enfance devrait être une priorité nationale, mais elle reste le parent pauvre des politiques publiques, sans ministre dédié. »



