Lutte contre la fraude sociale : l'Assurance maladie et la gendarmerie unissent leurs forces
Une image forte a marqué la présentation du bilan annuel de lutte contre la fraude des caisses de la Sécurité sociale ce jeudi 16 avril. Le directeur général de l'Assurance maladie, Thomas Fatôme, apparaissait aux côtés de deux gendarmes galonnés en uniforme, symbolisant une collaboration renforcée pour traquer les escrocs aux prestations sociales. Cette mise en scène inédite souligne la détermination des autorités à protéger les ressources de la Sécu, y compris au sein même de la maison mère de la carte Vitale.
Un bilan record avec 723 millions d'euros de fraudes détectées
Thomas Fatôme a salué une année exceptionnelle, avec 723 millions d'euros de fraudes détectées, en hausse de 15 % par rapport à 2024. « Cela témoigne de la mobilisation de l'Assurance maladie et des réseaux de police et de gendarmerie, mais cela signifie que ces phénomènes restent importants », a-t-il déclaré. Les faux arrêts de travail constituent toujours la principale source de préjudice, avec 49 millions d'euros pour la Sécu.
Le directeur général insiste sur la distinction entre fraude et prescription abusive, citant l'exemple de personnes qui poursuivent une activité pendant leur période d'arrêt. « 6 800 pénalités financières ont été prononcées, notamment sur des personnes qui travaillent en indépendant », précise-t-il. Des sites comme « Stop travail », qui délivraient industriellement des faux arrêts, ont été fermés.
Un arsenal de mesures pour limiter les dérives
Marc Scholler, directeur délégué de l'audit, des finances et de la lutte contre la fraude, détaille les outils mis en place. « Sur les audioprothèses, nous avons détecté 86 millions de fraudes, mais c'est en baisse de 25 % grâce à nos mesures », explique-t-il. La facturation avec la carte Vitale est désormais obligatoire pour le tiers payant chez les audioprothésistes, et plus de 30 sociétés se sont vues refuser le conventionnement en 2025.
L'Assurance maladie renforce également la vigilance des assurés en envoyant des notifications par email sur les remboursements. « Si cela ne correspond à rien, faites-le remonter sur notre site. Car la défense contre les fraudeurs est l'affaire de tous », ajoute Marc Scholler.
Vigilance accrue sur la télémédecine et l'optique
Parmi les nouveaux objectifs, Thomas Fatôme évoque les dérives de la télémédecine, notamment dans l'optique. Certaines plateformes d'opticiens, en contrat avec des ophtalmologues moyennant abonnement, génèrent des milliers d'ordonnances sans consultation réelle, entraînant des remboursements indus.
Fabien Badinier, directeur du contrôle et de la lutte contre les fraudes, rappelle les règles : « Certains sites, notamment dans l'optique et l'audioprothèse, ne sont pas conformes. Un médecin ophtalmo a été interdit d'exercice pour avoir délivré des ordonnances sans consulter, en contrat avec une plateforme d'opticiens ». Le projet de loi de lutte contre la fraude, prévu pour juin, apportera de nouveaux outils.
Des réseaux criminels liés au narcotrafic
Le général José-Manuel Montull, commandant de l'Office central de lutte contre le travail illégal, révèle l'implication de réseaux criminels sophistiqués. « Les cerveaux sont souvent à l'étranger, dans des pays non coopératifs. Ils piratent des numéros de Sécu, génèrent des demandes fictives dans des centres de santé rachetés, avec la complicité de médecins endettés », détaille-t-il.
L'argent détourné est blanchi, par exemple à Dubaï, et transformé en cryptomonnaie. « Les réseaux de blanchiment sont les mêmes que ceux du narcobanditisme. Nous gagnons du temps avec des enquêtes judiciaires conjointes », conclut le général. Cette criminalité, ciblant nos données, est en plein essor, nécessitant une réponse coordonnée et renforcée.



