Le projet de loi sur la fin de vie, examiné à l’Assemblée nationale, bute sur une question centrale : faut-il autoriser à la fois l’euthanasie et le suicide assisté, ou privilégier l’un des deux ? Les débats, qui ont débuté le 20 juin 2026, mettent en lumière les tensions au sein de la majorité présidentielle et de l’opposition.
Un compromis difficile à trouver
Le texte initial du gouvernement prévoyait d’ouvrir la possibilité d’une « aide active à mourir », sans distinguer clairement les deux méthodes. Mais les députés ont déposé plus de 1 500 amendements, dont beaucoup visent à préciser le périmètre de la loi. Selon un sondage Ifop réalisé pour l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD), 89 % des Français se disent favorables à une évolution de la législation.
« Il y a une véritable attente sociétale, mais aussi des craintes légitimes », explique le rapporteur général du texte, le député LREM Olivier Véran. « Nous devons trouver un équilibre entre le respect de l’autonomie des patients et la protection des plus vulnérables. »
Les positions des groupes politiques
Au sein de La République en marche, les avis divergent. Une trentaine de députés macronistes, menés par la députée Aurore Bergé, défendent un amendement autorisant l’euthanasie pour les patients conscients et en phase terminale, tandis qu’une vingtaine d’autres, emmenés par Jean-Louis Touraine, plaident pour un suicide assisté encadré. « L’euthanasie, c’est un médecin qui donne la mort ; le suicide assisté, c’est le patient qui se l’administre. Ce n’est pas la même chose », argue Touraine.
À droite, Les Républicains sont majoritairement opposés au texte. « Nous ne pouvons pas franchir ce cap éthique », déclare le député LR Philippe Juvin. À gauche, la France insoumise et le Parti socialiste soutiennent une loi large, incluant les deux options. « Il faut laisser le choix aux patients, sans dogmatisme », insiste le député LFI Hadrien Clouet.
Les soins palliatifs, un enjeu clé
Un autre point de friction concerne le développement des soins palliatifs. Le gouvernement s’est engagé à investir 1,1 milliard d’euros sur cinq ans pour améliorer l’accès aux soins palliatifs, mais des associations jugent le montant insuffisant. « On ne peut pas parler d’aide active à mourir sans garantir à chacun un accès digne aux soins palliatifs », souligne le Dr Claire Fourcade, présidente de la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs (SFAP).
Le texte prévoit que les patients devront formuler une demande « libre et éclairée », réitérée à plusieurs reprises, et qu’un délai de réflexion de 15 jours sera imposé. Mais des députés craignent des dérives. « Il faut des garde-fous extrêmement stricts », avertit la députée MODEM Maud Petit.
Une issue incertaine
Les débats doivent se poursuivre jusqu’à la fin de la semaine, avec un vote solennel prévu le 30 juin. Si le texte est adopté, il devra encore passer au Sénat, où l’opposition est forte. « C’est un texte de compromis, mais il risque d’être vidé de sa substance », redoute Jonathan Denis, porte-parole de l’ADMD. Les prochains jours seront décisifs pour l’avenir de la loi.



