Longtemps, les fausses couches ont été attribuées uniquement aux femmes. Pourtant, des études récentes montrent que la qualité du sperme joue un rôle crucial dans le bon déroulement d'une grossesse. Une idée reçue persiste : « Pour pas mal de gens, aucune fausse couche n'est liée à l'homme car s'il a réussi à déposer le spermatozoïde, il a fait son taf », explique une spécialiste interrogée par Libération. Cette croyance est non seulement erronée, mais elle peut également empêcher les couples de chercher les causes réelles des fausses couches à répétition.
Le rôle du sperme dans la grossesse
Le spermatozoïde ne se contente pas de féconder l'ovule. Il apporte également l'ADN paternel, essentiel au développement de l'embryon. Des anomalies dans cet ADN peuvent entraîner des arrêts de développement précoce, souvent responsables de fausses couches. De plus, la fragmentation de l'ADN spermatique, qui augmente avec l'âge ou à cause de facteurs environnementaux (tabac, stress, alimentation), est un facteur de risque important.
Des études récentes le confirment
Une étude de 2020 publiée dans la revue Human Reproduction Update a analysé des données sur plus de 10 000 couples. Elle a conclu que les hommes dont le sperme présentait un taux élevé de fragmentation de l'ADN avaient un risque accru de fausse couche, indépendamment de l'âge de la femme. Une autre recherche, menée à l'Université de Stanford, a montré que les spermatozoïdes d'hommes dont les partenaires avaient fait des fausses couches à répétition présentaient plus souvent des anomalies morphologiques.
Faire évoluer les mentalités
Malgré ces preuves, le tabou persiste. « Beaucoup d'hommes refusent de se faire tester, car ils considèrent que la fertilité est une affaire de femmes », déplore la spécialiste. Pourtant, un bilan de fertilité masculin est simple et non invasif. Il consiste en un spermogramme et un test de fragmentation de l'ADN. Les médecins recommandent désormais d'inclure systématiquement l'homme dans le parcours d'investigation après deux fausses couches.
Des solutions existent
Heureusement, des traitements peuvent améliorer la qualité du sperme : modification du mode de vie (arrêt du tabac, réduction de l'alcool, alimentation riche en antioxydants), prise de compléments alimentaires, ou techniques de procréation médicalement assistée comme l'ICSI (injection intracytoplasmique de spermatozoïde). Une prise en charge précoce peut ainsi éviter des années d'errance médicale.
En conclusion, il est essentiel de briser le mythe selon lequel l'homme n'a aucun rôle dans les fausses couches. La fertilité est une affaire de couple, et la responsabilité est partagée. Pour les couples confrontés à des fausses couches à répétition, consulter un andrologue peut être une étape décisive.



