Fake news en santé : un professeur lance un appel urgent à la mobilisation des scientifiques
Dans un contexte où les fausses informations envahissent les réseaux sociaux, le Pr David Smadja, hématologue et professeur à l’Université Paris Cité, tire la sonnette d’alarme. Lors d’une table ronde au salon MedInTechs à Paris, il a déclaré : « La science doit reprendre la parole, expliquer simplement, répondre sans peur. Le silence est devenu un risque pour la santé publique. » Son message est clair : les scientifiques ne doivent plus se taire face à la désinformation.
L’ampleur inédite de la désinformation en santé
La désinformation a toujours existé, mais elle a pris une ampleur inédite durant la pandémie de Covid-19. Les réseaux sociaux, dont le modèle économique repose sur la diffusion rapide d’informations, amplifient ce phénomène. Des études montrent que les fake news, qui jouent sur les émotions, sont partagées beaucoup plus vite que les vraies informations et deviennent plus facilement virales. « C’est difficile à chiffrer mais on peut dire sans se tromper qu’il circule sur ces réseaux plus de fausses informations que de vraies », explique le Pr Smadja.
Ce phénomène est aggravé par la défiance du public envers les politiques, les médias traditionnels, et le monde scientifique. Le résultat est alarmant : la gestion de la diffusion des fausses informations devient de plus en plus difficile, avec des conséquences potentiellement graves pour la santé publique.
Les conséquences dramatiques des fake news
La désinformation sur les vaccins est particulièrement emblématique. Elle a conduit à des effets négatifs concrets, comme la reprise des épidémies de rougeole dans certains pays. Durant la pandémie, les services de réanimation ont été remplis par des personnes fragiles non vaccinées lors des 4e et 5e vagues.
La vaccination contre le papillomavirus (HPV), qui vise à prévenir des cancers gynécologiques, est aussi touchée. La France est l’un des plus mauvais élèves en Europe, avec un taux de vaccination des 18-25 ans de seulement 25 %, contre plus de 80 % dans les pays d’Europe du Nord. « Dans 20 ou 30 ans, on en verra les conséquences : nous aurons les pires statistiques ! », alerte le professeur.
Les fake news ne se limitent pas à la vaccination. Par exemple, depuis janvier, des vidéos générées par l’IA, utilisant l’image et la voix du Pr Serge Hercberg, inventeur du Nutri-Score, ont diffusé de fausses allégations nutritionnelles. Cela pose des questions réglementaires, notamment sur le respect du Digital Service Act européen.
La réponse timide des scientifiques et les solutions proposées
Actuellement, la parole scientifique est peu présente et presque inaudible sur les réseaux sociaux. « La science n’est pas une opinion ! Les scientifiques ne doivent plus se taire et laisser faire », insiste le Pr Smadja. Il critique la décision de nombreux professionnels et institutions de quitter X (ex-Twitter) début 2025, estimant que cela aggrave le problème.
Pour contrer la désinformation, il préconise :
- Être présents sur les réseaux sociaux et investir dans la communication des institutions scientifiques.
- Développer une culture scientifique et une éducation aux médias pour le grand public.
- Prendre des initiatives individuelles pour expliquer les connaissances médicales de manière accessible.
Concrètement, chaque étude publiée dans une grande revue scientifique devrait faire l’objet d’une communication grand public, transformée en information compréhensible par tous.
Conseils pour le public face aux fake news en santé
Le Pr Smadja donne des recommandations pour aider le public à distinguer les vraies informations des fausses :
- Vérifier la source : privilégier les informations provenant d’universités, d’hôpitaux, d’institutions scientifiques, ou de comptes gouvernementaux.
- Se méfier des sources inconnues : douter des comptes non vérifiables ou des noms non reconnus.
- Adopter une attitude critique : ne pas partager sans avoir confirmé la véracité de l’information.
En conclusion, face à l’invasion des fake news, la mobilisation des scientifiques et des professionnels de santé est cruciale pour protéger la santé publique et restaurer la confiance dans la science.



