Le ministre kenyan de la Santé, Mutahi Kagwe, a annoncé le 24 juin 2026 la suspension immédiate du projet de construction d'un centre de quarantaine américain dans le comté de Kiambu, en pleine épidémie d'Ebola qui a déjà causé 147 décès confirmés dans le pays depuis le début de l'année. Cette décision intervient après des semaines de contestations locales et de débats sur la souveraineté sanitaire du Kenya.
Un projet controversé au cœur de la riposte
Le centre, financé par les Centres américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC) à hauteur de 12 millions de dollars, devait accueillir jusqu'à 200 patients suspects ou confirmés d'Ebola. Selon le ministre, "la priorité est de renforcer les capacités locales sans compromettre notre indépendance décisionnelle". Les autorités américaines avaient justifié ce projet par la nécessité de contenir le virus qui a déjà touché 8 des 47 comtés kenyans.
Des responsables sanitaires kenyans avaient exprimé leurs craintes quant à une possible ingérence étrangère dans la gestion de la crise. Le docteur John Mungai, épidémiologiste au ministère, a déclaré : "Nous devons nous assurer que toute infrastructure sanitaire sur notre sol respecte nos protocoles et nos normes éthiques."
Réactions internationales et conséquences
L'ambassadeur des États-Unis au Kenya, Michael Raynor, a regretté cette suspension, affirmant que "le centre aurait sauvé des vies et renforcé la coopération bilatérale". L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a appelé au dialogue, rappelant que le Kenya a enregistré 1 203 cas suspects d'Ebola, dont 372 confirmés en laboratoire.
La suspension a également des implications économiques : le contrat de construction, attribué à une entreprise américaine, représentait 450 emplois directs dans la région. Les autorités locales de Kiambu, qui avaient approuvé le projet en mars, se disent désormais inquiètes de l'impact sur la lutte contre l'épidémie.
Un plan de riposte national en renforcement
Le ministre Kagwe a annoncé le déploiement de 500 agents de santé supplémentaires dans les zones touchées et l'ouverture de 3 centres de traitement mobiles d'ici juillet. Le budget alloué à la lutte contre Ebola a été porté à 2,5 milliards de shillings kenyans (environ 19 millions d'euros). Par ailleurs, une campagne de vaccination ciblée a déjà immunisé 45 000 personnes, principalement des personnels soignants et des contacts de cas.
Des experts estiment que le Kenya pourrait faire face à une flambée plus large si les mesures de confinement ne sont pas strictement appliquées. Le professeur Wangari Maathai, virologue à l'Université de Nairobi, a souligné : "La suspension du projet américain ne doit pas affaiblir notre capacité à répondre à l'urgence. Nous devons agir vite et de manière coordonnée."



