Une nouvelle étude menée par des chercheurs français et internationaux jette une lumière crue sur les pratiques de dopage dans le monde sportif, allant des sportifs amateurs aux professionnels de haut niveau. Publiée dans la revue Addiction, cette recherche s'intéresse particulièrement à trois catégories de substances : les stéroïdes anabolisants, les antidouleurs et les compléments alimentaires.
Une enquête d'envergure sur les pratiques dopantes
L'étude, coordonnée par l'Institut de recherche biomédicale et d'épidémiologie du sport (IRBES), a analysé les réponses de plus de 10 000 sportifs issus de 15 disciplines différentes, allant du cyclisme à la natation en passant par le football et l'athlétisme. Les participants ont été interrogés sur leur consommation de substances améliorant la performance, ainsi que sur leurs motivations et leurs connaissances des risques associés.
Les résultats sont préoccupants : près d'un sportif sur trois déclare avoir déjà eu recours à au moins une substance interdite ou détournée de son usage médical au cours de sa carrière. Cette proportion atteint même 45 % chez les sportifs de haut niveau. Les stéroïdes anabolisants arrivent en tête des substances les plus consommées, notamment dans les sports de force et d'endurance.
Les antidouleurs, une porte d'entrée vers le dopage
L'étude met en lumière le rôle préoccupant des antidouleurs, en particulier les opioïdes, dans le dopage sportif. De nombreux sportifs, y compris amateurs, utilisent ces médicaments pour masquer la douleur et continuer à s'entraîner ou à compétitionner malgré des blessures. Cette pratique, souvent banalisée, peut conduire à une dépendance et à une escalade vers d'autres substances plus puissantes.
Les chercheurs soulignent que la frontière entre usage thérapeutique et dopage est souvent floue. « Beaucoup de sportifs considèrent les antidouleurs comme un moyen légitime de poursuivre leur activité, sans réaliser qu'il s'agit d'une forme de dopage », explique le Dr. Sophie Martin, co-auteure de l'étude.
Compléments alimentaires : un marché opaque et risqué
Les compléments alimentaires constituent un autre vecteur majeur de dopage. L'étude révèle que 60 % des sportifs consomment régulièrement des compléments, souvent sans contrôle médical. Or, le marché des compléments est peu régulé, et de nombreux produits contiennent des substances interdites non déclarées.
Les chercheurs ont analysé les échantillons de compléments les plus populaires parmi les sportifs et ont découvert que près de 20 % d'entre eux contenaient des stéroïdes anabolisants ou des stimulants non mentionnés sur l'étiquette. « Les sportifs pensent acheter des vitamines ou des protéines, mais ils ingèrent en réalité des substances dopantes », alerte le professeur Jean Dupont, directeur de l'IRBES.
Des conséquences sanitaires graves
Au-delà de l'aspect éthique, le dopage a des conséquences sanitaires bien réelles. L'étude recense des cas d'insuffisance rénale, de troubles cardiaques, de problèmes hépatiques et de troubles psychiatriques liés à la consommation de ces substances. Les stéroïdes anabolisants, en particulier, sont associés à un risque accru de maladies cardiovasculaires et de cancers.
Les chercheurs appellent à une meilleure prévention et à un encadrement plus strict de la vente de compléments alimentaires et de médicaments antidouleur. Ils recommandent également la mise en place de programmes de dépistage et de suivi médical pour les sportifs, quel que soit leur niveau.
Des pistes pour lutter contre le dopage
L'étude propose plusieurs pistes pour endiguer ce phénomène. Parmi elles : renforcer la réglementation sur les compléments alimentaires, améliorer l'information des sportifs sur les risques du dopage, et développer des alternatives non médicamenteuses pour la gestion de la douleur et l'amélioration des performances.
Les chercheurs insistent sur la nécessité d'une approche globale, impliquant les fédérations sportives, les médecins, les pharmaciens et les pouvoirs publics. « Le dopage n'est pas seulement un problème de sportifs malhonnêtes, c'est un problème de santé publique qui nécessite une réponse coordonnée », conclut le Dr. Martin.
Cette étude, qui sera présentée lors du prochain congrès mondial de médecine du sport, devrait alimenter les débats sur les politiques antidopage actuelles et leur efficacité.



