Dialyse en Occitanie : l'ARS lance une enquête après un rapport choc
Dialyse en Occitanie : l'ARS lance une vaste enquête

Dialyse en Occitanie : l'ARS lance une vaste enquête après un rapport choc

En juin 2025, un rapport de la chambre régionale des comptes (CRC) a mis en lumière une consommation de soins de dialyse extrêmement élevée et qualifiée d'« atypique » en Occitanie. Après un an d'investigations, l'Agence régionale de santé (ARS) a réagi en mettant en place un comité régional de suivi de la maladie chronique et en annonçant un programme d'inspections et de contrôles.

Mise en place d'un comité régional de suivi

L'ARS a instauré un « comité régional de suivi de la maladie rénale chronique associant l'ensemble des acteurs du secteur ». Ce comité vise à renforcer le suivi de l'activité de dialyse et à mettre en œuvre un plan régional d'inspection et de contrôle sur trois ans, ciblant des établissements identifiés par criblage. Le rapport de la CRC, publié le 27 juin 2025, n'est donc pas resté sans suite.

Analyse approfondie des données

L'ARS a déclenché un travail d'analyse approfondi sur l'ensemble de l'activité de dialyse en Occitanie, dans le cadre du parcours de la maladie rénale chronique. Les données épidémiologiques régionales ont été examinées avec les responsables du registre Rein (Réseau épidémiologie et information en néphrologie), ainsi que plusieurs bases nationales comme l'Insee, le SNDS (service national des données de santé) et la SAE (statistique annuelle des établissements de santé).

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Surcoût de 60 millions d'euros

L'enquête de la CRC sur la Fondation Aider-Charles Mion, premier opérateur occitan en matière de dialyse avec 44 % de l'activité en ex-Languedoc-Roussillon et Aveyron, a révélé un recours aux soins de dialyse parmi les plus importants de France en Occitanie. Le surcoût financier de cette situation inexpliquée est estimé à 60 millions d'euros, particulièrement dans l'ex-Languedoc-Roussillon.

Réactions des acteurs locaux

L'ARS Occitanie assure avoir pris connaissance avec la plus grande attention des conclusions et recommandations du rapport. Dans un contexte national de vigilance, l'Assurance maladie avait déjà pointé en juin 2025 un niveau de rentabilité interrogeant dans le secteur de la dialyse, traitement suivi par plus de 50 000 Français atteints d'insuffisance rénale. Par ailleurs, un rapport de l'Igas (Inspection générale des affaires sociales) est attendu, commandé en février 2025 après des affaires de dialyses abusives, notamment à l'hôpital privé Nancy-Lorraine. L'ARS précise qu'aucun cas similaire n'a été identifié en Occitanie.

Bernard Descroix, représentant de France Rein Languedoc-Roussillon et administrateur de la Fondation Charles Mion Aider Santé, salue la qualité de la prise en charge dans la région. Anne-Valérie Boulet, directrice générale d'Aider, déclare : « On ne met en dialyse que 30 % des patients d'Occitanie. Si on travaille mal, tout le monde travaille mal… Nous aussi, on tente de comprendre ce que la chambre régionale des comptes appelle une consommation 'atypique' de soin de dialyse en Occitanie. » Elle avait proposé de solliciter l'Agence de biomédecine pour une analyse approfondie, ce qui a été fait avec la mobilisation de deux thésards.

Pistes sociologiques et comorbidités

La fondation n'écarte pas la piste sociologique, écartée par la CRC mais rappelée par l'ARS dans le schéma régional de santé 2023-2028 : le vieillissement et la précarité de la population en Occitanie pourraient expliquer un niveau de prévalence régional supérieur au national pour l'insuffisance rénale chronique terminale. Anne-Valérie Boulet cite un article d'août 2025 du CHU de Lille montrant que la précarité et d'autres déterminants sociaux ou médicaux pourraient expliquer 34 % de la variabilité du recours à la dialyse. En Occitanie, les patients dialysés sont plus âgés (11 % ont plus de 85 ans contre 9 % au niveau national) et présentent davantage de pathologies cardiovasculaires (67 % contre 55 %).

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Le Pr Jean-Paul Christol, vice-président de la Fondation Charles Mion-Aider, insiste : « On a des questionnements, là où l'agence régionale de santé et l'agence de biomédecine n'apportent pas de réponse. Mais les 'affaires', on est tranquille là-dessus. On est ouvert aux inspections et aux contrôles. » Le Dr Lofti Chalabi, néphrologue et président de la conférence médicale d'établissement d'Aider-Charles Mion, ajoute : « Plus d'un millier de dossiers de patients ont été étudiés, les indicateurs nous confirment qu'il n'y a pas de mise sous dialyse précoce, nous prenons les gens tardivement. » Il écarte catégoriquement l'hypothèse d'une surconsommation de soins et note que l'activité de dialyse n'est pas la seule à être élevée en Occitanie : il y a aussi une consommation atypique en MCO (médecine, chirurgie obstétrique).

Perspectives et réforme

Ce travail s'inscrit dans un temps long, parallèlement à la restructuration nationale. Deux premiers décrets rappelant la place centrale du patient ont été publiés début avril 2026. D'autres suivront, précise Anne-Valérie Boulet, qui rappelle qu'Aider a participé aux travaux préalables à la réforme avec l'Alliance pour la santé rénale. Tous les acteurs régionaux de la filière se réuniront le 21 mai en comité de pilotage convoqué par l'Agence de biomédecine.