Crise de la dermatologie en Nouvelle-Aquitaine : une alerte urgente de Marie Beylot-Barry
Face à la pénurie croissante de dermatologues, la professeure Marie Beylot-Barry, cheffe du service de dermatologie au CHU de Bordeaux, tire la sonnette d'alarme. Elle sera l'une des invités des rencontres « Sud Ouest » / TV7 intitulées « Sauvez la peau de la dermato », organisées le 21 avril à Bordeaux. Dans une interview exclusive, elle expose la situation critique de cette spécialité médicale et propose des pistes concrètes pour y remédier.
Une situation démographique alarmante dans la région
La situation en Nouvelle-Aquitaine reflète la crise nationale, mais avec des disparités marquées. Selon les chiffres du conseil national de l'Ordre des médecins, la densité moyenne nationale de dermatologues pour 100 000 habitants devrait atteindre 3,25 en 2026, un seuil inférieur à 3,5 indiquant une crise. En Nouvelle-Aquitaine, certains départements sont en très grande difficulté. Par exemple, la Creuse est passée de 1,6 à 0,9 dermatologues pour 100 000 habitants entre 2010 et 2026, soit une baisse de 43 %. Le Lot-et-Garonne a connu une chute dramatique de 84 %, passant de 3,9 à 0,6. Les Landes, les Deux-Sèvres et la Charente sont également dans des zones extrêmement critiques.
Même dans des départements mieux pourvus comme la Gironde, où la densité est de 6, on observe une diminution de 25 %. Des disparités subsistent, avec des zones comme le centre de Bordeaux relativement bien desservies, tandis que le Langonnais ou le Médoc souffrent de pénuries aiguës. Dans le Lot-et-Garonne, seulement deux dermatologues sont en activité, et ils partiront bientôt à la retraite, aggravant encore la situation.
Des délais de rendez-vous prolongés et des solutions innovantes
Cette crise démographique entraîne une augmentation des délais de rendez-vous, qui atteignent en moyenne six mois. Pourtant, les besoins sont croissants, avec plus de 16 millions de Français touchés par des problèmes de peau, selon une enquête nationale. Marie Beylot-Barry souligne que des progrès thérapeutiques récents pourraient beaucoup aider les patients, mais l'accès limité aux soins freine leur mise en œuvre.
Pour améliorer le parcours de soins, la professeure met en avant des leviers comme la télé-expertise. Au CHU de Bordeaux, ce système permet aux généralistes de soumettre des cas via une plateforme, avec des photos et des questions, et d'obtenir un diagnostic ou des recommandations sous quarante-huit heures. Cela hiérarchise les urgences et évite parfois des consultations inutiles, tout en formant les médecins généralistes.
Une autre initiative prometteuse est le projet pilote Mobile Derme, développé avec la Société française de dermatologie en Aquitaine. Il s'agit d'un camion de dermatologie itinérante qui pourrait être étendu à l'échelle nationale si l'expérimentation s'avère concluante.
Les causes de la pénurie et ses conséquences sur la santé publique
Contrairement à une idée reçue, la pénurie n'est pas due à une focalisation sur la médecine esthétique, pratiquée par moins de 10 % des dermatologues. Le problème réside dans le numerus clausus, qui a été trop sévère sans anticiper les départs en retraite. Bien que des postes d'internes aient été légèrement augmentés, les efforts restent insuffisants pour combler le déficit.
Cette crise est d'autant plus préoccupante qu'elle coïncide avec une hausse des cancers de la peau et des dermatoses inflammatoires, exacerbées par le vieillissement de la population et les conditions environnementales. Les retards de diagnostic peuvent mettre des vies en danger, tandis que des affections comme l'eczéma entraînent des souffrances psychosociales et des arrêts de travail.
Marie Beylot-Barry insiste sur l'urgence d'agir, notamment en renforçant la formation et en déployant des solutions comme la télé-expertise. Les rencontres du 21 avril à Bordeaux visent à sensibiliser le public et les professionnels à ces enjeux critiques.



