Atteints de maladies chroniques, de dégénérescences d’organes… Plusieurs millions de Français souffrent de la chaleur chaque année, sans nécessairement être des personnes âgées. Alors que nous arrivons à la fin d’un été harassant, nous avons recueilli leurs témoignages, et interrogé des spécialistes sur la question. Quel bilan dressent-ils après cet été caniculaire ?
“Cette année, j’ai cru crever”
Fabienne* vit dans l’Aude. Et chaque année, c’est pire. Elle souffre de polyarthrite rhumatoïde, une maladie auto-immune inflammatoire qui provoque des douleurs dans les articulations. Quand les températures augmentent, dès le mois de mai, les premiers signes délétères de la chaleur apparaissent : elle use et met son corps à rude épreuve. Lors de la première canicule de l’année en juin, Fabienne a cru mourir, nous explique-t-elle. “C’était particulier cette année, c’était pire. Ça a été insupportable. J’ai cru que j’allais mourir”, souffle-t-elle. Elle est loin d’être la seule à souffrir de la canicule, sans faire partie de la tranche de population à laquelle on pense et sur laquelle on veille quand il fait chaud. Et pourtant…
Calvaire systématique
Certaines maladies auto-immunes ont des symptômes intrinsèquement liés à la chaleur. C’est le cas de la sclérose en plaques (SEP). Le phénomène d’Uthoff a été théorisé par un ophtalmologue allemand à la fin du XIXe siècle. Il remarque alors que certains de ses patients atteints de la SEP, par fortes chaleurs, voient leur déficience visuelle revenir ou s’accentuer. Au fil des décennies, d’autres médecins décrivent des complications liées aux températures élevées. Et finissent par comprendre : la chaleur entraîne la recrudescence des symptômes de la sclérose en plaques, l’influx nerveux étant ralenti.
Marine, une Héraultaise âgée de 37 ans atteinte de la SEP, a découvert ce phénomène par hasard au cours d’une journée ensoleillée : “Nous prenions l’apéritif au soleil et, au moment de passer à table, j’ai senti mon corps se bloquer : jambes raides, engourdies, impossible de bouger normalement. J’ai tout de même réussi à rejoindre tant bien que mal la cuisine, sous le regard étonné de ma famille, qui m’a vue arriver épuisée et en sueur. Ma maman m’a alors appliqué un gant mouillé dans la nuque pour m’aider à faire redescendre la température : ce fut un vrai soulagement.”
“Certains de mes symptômes sont multipliés et d’autres, que je ressens très peu en temps normal, sont très présents, comme les fourmis dans les pieds, ou les problèmes de déglutition”, nous explique un Girondin membre du groupe Sclérose en plaques sur Facebook. Heureusement, il a une piscine dans son jardin, une aubaine pour se rafraîchir : “Je vais dedans et cela fait redescendre la température de mon corps et ça va mieux pour 2 heures.” Même chose en fin de journée, pour trouver le sommeil malgré les symptômes : “Le soir, c’est douche froide avant d’aller dormir. Cela me permet de trouver le sommeil plus facilement car sinon c’est compliqué avec les douleurs dans les pieds.”
Une autre internaute explique : “C’est une aggravation de mes symptômes avec une envie soudaine de vouloir m’allonger par terre et dormir tellement la fatigue est écrasante. Et puis il y a ces brûlures… Ces fichues brûlures qui souvent s’accompagnent de vertiges. Faire un pas devant l’autre relève de l’exploit, mes bras sont épuisés de se balancer le long de mon corps et mes jambes fatiguées de me porter.” Un calvaire.
De pire en pire
Le problème des canicules, c’est qu’elles atteignent une intensité telle qu’il n’y a aucune adaptation progressive possible. Une semaine il fait 28 °C, la suivante, on frôle les 40 °C. “En juin, on est passé de tout à rien”, déplore Basile*, infirmier à Montpellier atteint de la maladie de Crohn, une pathologie inflammatoire chronique de l’intestin. “La chaleur est montée brutalement au début. J’ai été obligé de me mettre sous cortisone [anti inflammatoire] et de rester à la maison parce qu’au niveau du transit, ça n’allait pas.” Le Montpelliérain a dû s’arrêter pendant les épisodes caniculaires : “J’ai essayé de le supporter pendant une semaine, mais finalement j’ai dû rester à la maison car ça n’allait plus du tout. J’ai été arrêté une dizaine de jours.” Basile a 39 ans, il fait partie des personnes que la canicule ne devrait pas inquiéter. Il est jeune, actif, vit presque normalement la plupart du temps en gardant aussi secrète que possible sa pathologie au travail. C’est pour cela qu’il n’a pas voulu révéler son vrai prénom. Aussi ignoré soit-il, il est profondément affecté par les fortes chaleurs. Lui aussi, elles le terrassent.
Et puis il y a les antécédents lourds. Ils exposent les patients à de graves dangers dès que la chaleur arrive. On est au-delà de l’inconfort, de la douleur. “J’ai fait un infarctus massif il y a sept ans”, nous raconte Jeanne*, 73 ans. À l’époque, elle s’effondre sur un parking en pleine journée, à Toulouse. Son cœur s’arrête : “Je suis littéralement décédée ce jour-là. On m’a réanimée et j’ai passé dix jours dans le coma.” Depuis, elle est “à risque”. Cela signifie qu’elle est suivie, traitée, et doit faire particulièrement attention. En particulier quand il fait chaud. À chaque fois que le mercure grimpe, elle réalise pourquoi : “Ça m’épuise. Dès qu’il fait chaud, je suis une loque.” Cette ancienne prof de gym voit que la chaleur impacte désormais son corps bien plus que l’âge. “Depuis l’infarctus, la canicule, je ne la supporte plus du tout.” Alors, “j’ai une petite angoisse maintenant quand l’été arrive”. Et pour cause, chaque année, c’est pire.
*Prénom modifié



