Cancer du sein après 70 ans : sous-représentation et soins personnalisés
Cancer sein 70 ans : sous-représentation et soins personnalisés

Alors que les plus de 70 ans représentent près de 30 % des cas de cancer du sein, la médecine s’appuie désormais sur l’âge physiologique pour proposer des traitements personnalisés et préserver la qualité de vie des patientes. Pourtant, selon le Dr Anne-Sophie Azuar, cheffe de service de chirurgie gynécologique au centre hospitalier de Grasse, « ces femmes restent encore largement sous-représentées dans la littérature médicale et les essais cliniques ».

L’âge ne fait plus tout

Plutôt que sur l’année de naissance inscrite sur la carte d’identité, les médecins s’appuient désormais sur l’âge dit physiologique, reflet de l’état de santé réel. « L’âge civil est peu représentatif de l’âge physiologique », justifie le Dr Azuar. À partir de 70 ans, une évaluation gériatrique — désormais incontournable — permet de mieux orienter les décisions thérapeutiques. « Elle repose sur un bilan complet qui analyse l’autonomie, les fonctions cognitives, l’état nutritionnel et les comorbidités. »

Trois profils de patientes

Cette évaluation permet de distinguer trois profils. Les patientes dites « robustes » peuvent bénéficier de traitements comparables à ceux proposés aux femmes plus jeunes. À l’inverse, chez les patientes fragiles, l’objectif est d’éviter toute prise en charge trop agressive. Entre les deux, un groupe intermédiaire retient particulièrement l’attention. « Ce sont des patientes vulnérables, un peu fatiguées mais disposant de ressources, explique le Dr Azuar. Une préparation personnalisée permet alors d’envisager une chirurgie adaptée. »

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Opérer ou non : dépasser les idées reçues

Aujourd’hui, l’ablation d’une tumeur mammaire est un geste rapide, bien maîtrisé, le plus souvent réalisé en ambulatoire, sous anesthésie légère ou locorégionale. « Chez les patientes en bon état général, le taux de complications majeures reste inférieur à 1 %. » Les progrès de l’anesthésie — sédation profonde, hypnose, techniques locorégionales — permettent d’opérer dans de bonnes conditions, y compris à des âges très avancés. « Écarter d’emblée l’option chirurgicale en raison de l’âge peut exposer à des situations difficiles, avec des tumeurs évoluant localement, pouvant saigner ou devenir douloureuses. Même après 80 ans, il ne faut pas se fermer la porte à une chirurgie bien conduite et bien préparée », souligne la spécialiste.

Désescalade thérapeutique : faire moins, mais mieux

Si la chirurgie reste le traitement de référence des tumeurs mammaires localisées, l’ablation du ganglion sentinelle (premier ganglion axillaire susceptible d’être atteint par les cellules cancéreuses) n’est plus systématique. « Elle peut entraîner des effets indésirables, comme un lymphœdème (gonflement du bras) ou une perte de mobilité, des troubles particulièrement handicapants », justifie la spécialiste. Ainsi, chez certaines femmes de plus de 70 ans présentant de petites tumeurs, son ablation n’apporterait pas de bénéfice en termes de survie et peut ainsi être évitée. « Dans ces situations, il n’est pas justifié de prendre le risque d’altérer la qualité de vie pour un gain pronostique inexistant. »

Reconstruction : bien plus qu’une question esthétique

Longtemps réservée aux femmes plus jeunes, la reconstruction mammaire est désormais proposée aux patientes âgées en bon état de santé. Bien au-delà de l’esthétique, cette chirurgie répond à un enjeu d’identité et de qualité de vie, avec des bénéfices démontrés sur l’estime de soi et la confiance. « On pense, à tort, que ces patientes sont moins demandeuses. C’est faux. Au contraire, certaines vivent très mal l’idée qu’on ait “sonné le glas de leur avenir esthétique”. La perte d’un sein est un traumatisme à 75 ans comme à 40 ans », conclut le Dr Azuar.

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