La pollution au cadmium suscite une vive inquiétude parmi les experts. En France, les taux d’imprégnation ont doublé chez les adultes et augmentent chez les enfants. Le Dr Pierre Souvet, cardiologue et président de l’Association santé environnement France (ASEF), tire la sonnette d’alarme et livre des conseils pour limiter les risques.
Une exposition hors norme en France
Le Dr Souvet alerte depuis vingt ans sur le cadmium. En 2021, l’Anses demandait une réduction des taux dans les engrais. En mars dernier, l’agence a réitéré ses recommandations, constatant que les enfants consomment des aliments plus contaminés. « Les alertes se multiplient et rien ne change », déplore-t-il.
Entre 2004-2005 et aujourd’hui, les taux d’imprégnation au cadmium ont doublé chez les adultes. Chez les enfants de 6 à 10 ans, les taux actuels dépassent ceux des adultes de l’époque. Pourtant, cette situation n’est pas une fatalité : les États-Unis ont réussi à réduire spectaculairement les taux entre 1999 et 2015.
Les causes : engrais et acidité des sols
En France, les boues d’épandage et l’acidité croissante des sols favorisent la présence de cadmium dans les végétaux. La Hongrie, pourtant confrontée à des sols acides, a fixé des limites à 20 mg/kg, un objectif que la France vise seulement pour 2038. « 2038, c’est une aberration », estime le Dr Souvet.
Comment se protéger ?
En attendant des mesures réglementaires, il est possible d’agir à titre individuel. Le Dr Souvet recommande de diversifier son alimentation pour éviter de consommer toujours les mêmes aliments contaminés, notamment les céréales et les pommes de terre. Les fumeurs et les personnes carencées en fer (souvent les femmes) sont particulièrement vulnérables.
Le bio, une protection partielle
Une méta-analyse de 343 études montre que les aliments bio contiennent en moyenne 48 % de cadmium en moins. Cependant, même bio, les flocons d’avoine doivent être consommés avec modération.
Le cadmium, un toxique persistant
Une fois absorbé, le cadmium reste dans l’organisme : il faut trente ans pour éliminer la moitié d’une dose. Les traitements de chélation sont inefficaces. Le cadmium se stocke dans le foie et les reins, et peut migrer vers d’autres organes.
Impacts sur la santé
Le cadmium est un facteur de risque pour de nombreux cancers (sein, prostate, poumon, vessie, pancréas). Il favorise également les maladies cardiovasculaires en oxydant le cholestérol et la paroi artérielle. Une étude américaine a montré qu’il augmente significativement la mortalité globale et, chez les personnes atteintes d’un cancer, le risque de décès dans les deux ans.
Un appel à l’action
Le Dr Souvet juge l’inaction « inacceptable ». Il préconise une surveillance accrue et le développement d’outils comme l’application « Mon exposome », en collaboration avec le CHU de Nice, pour permettre aux individus de suivre leur exposition aux polluants.
Pour ceux dont le taux urinaire dépasse 0,50 microgramme par gramme de créatinine, il conseille de mesurer les taux de fer et de zinc, car le zinc aide le foie à se protéger.



