Plus gros Ehpad de Nouvelle-Aquitaine, le Village Terre-Nègre investit depuis huit ans dans du matériel destiné à améliorer les conditions de travail des aides-soignants. Les résultats sont spectaculaires.
Une baisse impressionnante de l'absentéisme
En 2018, le Village Terre-Nègre, rue Ernest-Renan à Bordeaux, avait enregistré un taux d'absentéisme de 18,64 %. Cette statistique englobait les accidents du travail et les maladies ordinaires. En 2025, il n'était plus que de 7,39 %. Si l'on analyse uniquement les absences liées à des accidents de travail, la diminution est encore plus parlante, de 6 % à 0,44 %. « La décrue s'est faite progressivement », précise Emmanuel Chignon, le directeur de cet établissement de 402 chambres.
Pas étonnant que Camille Galliard-Minier, la ministre déléguée chargée de l'Autonomie et des Personnes handicapées, ait choisi cet Ehpad pour une visite officielle, le 10 avril. « Cet établissement, sous tous ses aspects, est exemplaire », considère-t-elle.
Un retour sur investissement significatif
L'Institut pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles (INRS) a calculé que le « retour sur investissement » sur sept ans avait été de 534 942 euros pour cette « vieille institution bordelaise », comme la qualifie son directeur. Association à but non lucratif, cet Ehpad est en effet reconnu d'utilité publique depuis 1847.
Des équipes stables
Cette somme, loin d'être négligeable, résulte des économies réalisées, auxquelles on a soustrait les dépenses en matériels innovants achetés depuis 2019 pour améliorer les conditions de travail des aides-soignants, qui sont 110. Un autre indicateur est révélateur : avant de généraliser cette démarche de qualité de vie au travail (QVT), le Village Terre-Nègre faisait énormément appel à de l'intérim pour un coût qui, en 2018, avait atteint 657 000 euros. L'an dernier, il n'était plus que de 4 200 euros.
Le turnover, souvent signe de malaise social, a disparu. Les équipes sont stables. Il n'y a que trois postes d'aides-soignants actuellement à pourvoir, consécutivement à des départs à la retraite. C'est bien sûr très subjectif, mais les gens qui travaillent ici donnent l'impression de s'y sentir bien. Cette ambiance est le fruit de mesures concrètes. « Cette prévention active » a été encouragée et soutenue financièrement dès le début par la Caisse de retraite et de santé au travail (Carsat), qui prend à sa charge entre 30 % et 40 % des investissements en matériels.
Des équipements innovants pour soulager le personnel
Sur les 402 chambres, par exemple, 341 disposent de rails plafonniers. Fixées au plafond, ces poutres métalliques en forme de L permettent de transférer le résident de son lit à son fauteuil roulant ou à sa chaise de douche à roulettes. Assises dans une sorte de hamac sécurisant, les personnes « en très grande perte d'autonomie » sont soulevées avec toute la délicatesse requise. C'est indolore pour elles, comme pour l'aide-soignant qui conduit l'opération. Les plus heureux, grâce à ces progrès technologiques, ce sont les poignets, le dos, les épaules et le cou de ces employés.
Il existe d'autres appareils destinés à soulager le personnel et à améliorer la vie des résidents, l'un n'allant pas sans l'autre, comme le guidon de transfert ou encore le verticalisateur. Mais le plus étonnant est le siège motorisé de relevage dit « Raizer ». Prix à l'unité : entre 6 000 et 7 000 euros. Il n'est pas si fréquent d'en voir. Le Village Terre-Nègre en possède huit. Il sert à soulever un « habitant » qui vient de tomber, après s'être assuré que sa chute n'a pas eu d'incidences médicales. La personne reste allongée. Son seul effort consiste à replier les jambes, à son rythme.
Munie d'un bloc-moteur, l'assise, dans laquelle viennent ensuite s'emboîter quatre pieds, est glissée sous les cuisses. Les aides-soignants, deux pour l'occasion, assemblent les deux parties du dossier. Il n'y a plus qu'à appuyer sur un bouton et l'ensemble prend doucement la forme d'une chaise, « comme une tente qui se redresse », compare Rémy Haneuse, le kinésithérapeute qui supervise ce programme qui a demandé l'embauche de deux ergothérapeutes et beaucoup de formation. « Avant, on n'avait pas d'autre choix que de le faire manuellement. » Un nom a été trouvé à ce plan d'action, « la blouse sans le blues ».
Une boucle vertueuse
D'autres catégories de personnel en profitent, les infirmières plus particulièrement, au nombre de 20. Tout geste répétitif, aussi infime soit-il, est susceptible de provoquer des troubles musculo-squelettiques, comme écraser des comprimés à la main. « Autrefois, indique Raphaël Père, du pôle administratif, on avait 844 500 déblisterisations par an, c'est-à-dire enlever l'opercule et pousser le médicament pour le mettre dans une coupelle pour chaque personne. Maintenant, il y a une machine. » Pour couronner le tout, les salariés ont à leur disposition une crèche interne, adaptée à leurs horaires, avec six berceaux. C'est une « boucle vertueuse », de la bonne politique pour tout dire. « On a diminué les accidents du travail, l'absentéisme, et on a fait faire des économies à la branche maladie », résume Emmanuel Chignon.



