Un partenariat inédit entre l'université d'Avignon et une entreprise privée est en train de bouleverser le paysage de la recherche universitaire française. Ce laboratoire commun, nommé Chem2Stab, a pour objectif de transformer la recherche fondamentale en applications concrètes dans le domaine de la santé.
Un modèle de collaboration public-privé
Le président de l'université d'Avignon, Philippe Ellerkamp, souligne l'importance de ces alliances pour le développement économique : « L'université doit être un levier de développement économique. » Il rappelle que la France ne consacre que 1,5 % de son PIB à la recherche, contre 3 % en moyenne chez nos voisins européens. Les financements privés sont donc essentiels pour maintenir la compétitivité internationale.
Le programme LabCom, lancé par l'Agence nationale de la recherche (ANR), soutient ces laboratoires bicéphales avec une aide incitative de 300 000 euros sur trois ans. Selon Anne Puech, responsable du programme à l'ANR, quatre-vingt-sept projets ont été retenus en France, mais seulement quatre en région Provence-Alpes-Côte d'Azur, contre dix-sept en Languedoc-Roussillon.
Chem2Stab : une synergie unique
Le nouveau LabCom d'Avignon réunit l'équipe de chimie bio-organique et systèmes amphiphiles de l'université (rattachée à l'institut des biomolécules Max Mousseron de Montpellier) et Calixar, une TPE lyonnaise spécialisée dans l'extraction de protéines membranaires de haute pureté. Le PDG de Calixar, Emmanuel Dejean, explique que 95 % de leurs clients sont à l'international, dont 60 % aux États-Unis, et que 60 % d'entre eux font partie du Top 20 mondial des laboratoires pharmaceutiques.
Ces protéines, appelées « cibles thérapeutiques membranaires », sont essentielles pour le développement de médicaments et vaccins plus performants. « Les médicaments agissent sur les protéines dans des thérapies ciblées. Quand on agit sur ces protéines, la maladie arrête de se développer », précise Dejean.
Réduire les coûts et les échecs cliniques
Actuellement, le taux d'échec des essais cliniques de nouveaux médicaments et vaccins atteint 95 %, ce qui représente un gaspillage de 150 milliards de dollars par an. En collaborant avec les chercheurs universitaires, Calixar vise à obtenir des protéines pures sans les dénaturer, augmentant ainsi la probabilité de traitements fiables et réduisant les coûts de recherche. « Cette association est unique au monde. Nous allons aller plus loin et plus vite », se réjouit le PDG.
Un regain pour la recherche universitaire
Pour les chercheurs de l'université d'Avignon, ce partenariat est une bouffée d'oxygène. Grégory Durand, co-directeur du LabCom, confie : « Le laboratoire était au creux de la vague. Ce LabCom va réactiver les pompes et nous donner davantage de moyens. » Au-delà des financements, cette collaboration offre une nouvelle image de la recherche publique dans le monde de l'entreprise.



