Antibes 1971 : l'horrible orage de grêle raconté par un horticulteur
Antibes 1971 : l'horrible orage de grêle raconté par un horticulteur

Dans la nuit du mercredi 9 au jeudi 10 juin 1971, un terrible orage de grêle s'est abattu sur Antibes, détruisant de nombreuses exploitations horticoles. Cinquante-cinq ans plus tard, Léonard Sargampietri, l'un des derniers horticulteurs de l'époque, se souvient de cette nuit cauchemardesque et de ses conséquences.

Le bruit d'un avion

Âgé de 90 ans aujourd'hui, Léonard Sargampietri avait 35 ans en 1971. Il était horticulteur au quartier de La Fontonne, durant l'âge d'or du commerce des fleurs locales. Il garde des souvenirs très vifs de cet orage. « Le bruit ressemblait à celui d'un avion, raconte-t-il. Le ciel était devenu gris et l'on entendait l'orage approcher. Cela a duré peut-être une demi-heure. Sur le coup, on ne réalise pas vraiment… »

Des serres détruites, des fleurs anéanties

Son exploitation familiale, d'un hectare, cultivait de nombreuses variétés de roses : « Nous avions de vieilles variétés magnifiques et parfumées, comme la Tango, la Baccara ou encore la Druski, une rose d'un blanc immaculé. » Toutes ont été détruites par la grêle. Mais ce sont les serres qui ont causé le plus de dégâts : « La chute du verre a fait plus de dégâts que la grêle elle-même. Nous avions de grandes serres — de véritables cathédrales — très lourdes. Lorsqu'elles se sont brisées, le verre est tombé sur les rosiers et les œillets. »

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Des blessés et aucune indemnisation

Léonard Sargampietri a participé au déblaiement, une tâche dangereuse : « Il y a eu des blessés en ramassant le verre. Même avec des gants, il restait toujours de petits éclats, des aiguilles, dissimulés dans la terre ou dans l'épaisseur des asparagus. Quand on y retournait pour tailler les plantes, on s'en plantait souvent dans les mains. » Malgré ces souffrances, il n'a jamais été indemnisé pour les dégâts. Il a reconstruit ses serres avec du plastique, allant chercher des rouleaux de 25 mètres en Italie.

Le déclin de l'horticulture antiboise

L'orage de grêle de 1971 n'a été que le coup de grâce pour une activité déjà en déclin. La concurrence des Pays-Bas et du Kenya, ainsi que l'évolution du marché, ont eu raison des petites exploitations familiales. « À ma retraite, on ne vendait presque plus rien. Les Hollandais avaient récupéré le marché, souffle l'ex-horticulteur. Ils livraient des paquets de cent roses, parfaites et toutes identiques. En parallèle, on voyait arriver des bouquets du Kenya et des feuillages importés d'ailleurs. Il n'y avait plus de place pour nos petites exploitations familiales. »

Une nostalgie teintée de mélancolie

Aujourd'hui, Léonard Sargampietri vit dans un rare carré de verdure au milieu d'un quartier urbanisé. Il possède encore 2 200 m² de terrain, dernier espace vert du quartier, constamment convoité par les promoteurs immobiliers. « Ça me fait quelque chose… Je suis né ici, à la campagne. Quand on voit qu'il n'y a plus rien de nos jours, on se remémore comment c'était avant. Tout a changé à une vitesse folle. » Malgré tout, il conserve une passion intacte pour ses rosiers, dont il respire le parfum, les yeux fermés, le sourire aux lèvres.

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