Le pape Léon XIV rassemble 120 000 fidèles au Cameroun et dénonce les tyrans
Pape Léon XIV au Cameroun : 120 000 fidèles et appels à la paix

Une messe géante sous la chaleur de Douala

Accueilli par une foule en liesse sous une chaleur étouffante atteignant 32°C, le pape Léon XIV a célébré vendredi une messe géante à Douala, au troisième jour de sa visite historique au Cameroun. Plus de 120 000 fidèles ont participé à cette célébration, selon les chiffres communiqués par le Vatican se basant sur les autorités locales. Ce rassemblement massif, bien qu'inférieur aux estimations gouvernementales qui tablaient sur un million de personnes, a démontré l'engouement populaire pour le pontife américain.

Un accueil fervent et symbolique

À son arrivée en papamobile sur l'esplanade du stade de Japoma, le pape a été accueilli par des cris de « Viva il Papa » et une mer de drapeaux du Vatican. Les fidèles agitaient des « branches de la paix » tandis qu'une chorale entonnait des chants polyphoniques rythmés par des percussions. Marguerite Tedga, 72 ans, a partagé son émotion : « C'est un accomplissement d'une vie chrétienne. Quand j'étais petite, je pensais qu'on ne pouvait pas voir le pape avec nos deux yeux ». Comme beaucoup, elle avait passé la nuit sur place avec des amies pour assurer sa place.

Des prises de position affirmées contre les abus

Depuis son arrivée mercredi, le chef de l'Église catholique a adopté un ton particulièrement affirmé, sortant de son habituelle retenue. Cette posture intervient quelques jours après des critiques virulentes du président américain Donald Trump à son encontre. À Yaoundé, puis à Bamenda – épicentre d'un conflit séparatiste meurtrier dans le nord-ouest anglophone – le pape a multiplié les dénonciations vigoureuses.

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Dénonciation des « tyrans » et appels à l'engagement

Dans son homélie prononcée en français à Douala, Léon XIV a invité les Camerounais à être « acteurs de l'avenir » et à « refuser toutes formes d'abus et de violences ». Il a poursuivi avec des mots forts à Bamenda : « Le monde est en train d'être ravagé par une poignée de tyrans, mais il est maintenu uni par une multitude de frères et sœurs solidaires ! ». Le pape a également pointé du doigt les mécanismes d'exploitation : « Ceux qui dépouillent votre terre de ressources investissent généralement une grande partie des profits dans les armes, dans une spirale de déstabilisation et de mort sans fin ».

Un contexte camerounais complexe

Le Cameroun, pays d'environ 30 millions d'habitants dont 37% sont catholiques, dispose de ressources naturelles abondantes et de vastes gisements miniers qui attirent depuis des décennies groupes étrangers et élites locales. L'Église y gère un vaste réseau d'hôpitaux, d'écoles et d'œuvres caritatives, renforçant son influence sociale.

Une ville marquée par les tensions politiques

Douala, peuplée de près de cinq millions d'habitants et principal port d'Afrique centrale, a été meurtrie à l'automne dernier par des manifestations violemment réprimées. Ces événements faisaient suite à la réélection très contestée pour un huitième mandat du président Paul Biya, 93 ans, au pouvoir depuis 1982. Des affrontements avaient opposé manifestants et forces de sécurité, avec des témoins affirmant des tirs à balles réelles dans certains quartiers. Le gouvernement avait reconnu « plusieurs dizaines » de morts sans fournir de bilan exact.

Un discours ferme face aux autorités

Dès son arrivée mercredi, le pape Léon XIV a surpris par la fermeté de son discours devant les autorités camerounaises, au premier rang desquelles Paul Biya. Il a appelé à « briser les chaînes de la corruption », un message clair dans un pays régulièrement pointé pour ses problèmes de gouvernance. L'archevêque de Douala, Samuel Kleda, l'une des voix les plus critiques du pouvoir au sein du clergé, a souligné : « Notre pays a connu beaucoup de crises, certaines sont encore en cours. Le fruit que nous avons à recevoir de cette visite, c'est de nous engager comme des artisans de paix ».

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Une tournée africaine chargée

Avant le Cameroun, le chef des 1,4 milliard de catholiques avait effectué une visite historique en Algérie. Il poursuivra ce périple de 18 000 km en Angola et en Guinée équatoriale jusqu'au 23 avril, maintenu à une cadence effrénée malgré les défis logistiques et sécuritaires. Chaque étape de cette tournée est marquée par des appels répétés à la paix et à la justice sociale, dans des régions souvent fragilisées par les conflits et les inégalités.