Face à la pédocriminalité, la cause des enfants doit devenir un impératif national
Pédocriminalité : l'enfance doit devenir un impératif national

Face à une criminalité de masse, la cause des enfants doit enfin devenir un impératif national

La mort de Lyhanna a provoqué une indignation nationale et mis à nu une forme d'impuissance des autorités face à la pédocriminalité, jetant une lumière crue sur l'incurie de nos dirigeants et la faiblesse de nos armes collectives pour lutter contre ce fléau.

Un cauchemar sans fin

Une réalité accablante qui révèle, d'affaires en scandales, la faiblesse de nos armes collectives pour lutter contre la criminalité sexuelle. Près de dix ans après #MeToo, nul ne peut pourtant ignorer l'ampleur révoltante des violences sexuelles infligées aux femmes et aux enfants. La découverte des crimes commis au sein de l'Église, les affaires d'inceste, les scandales mettant en cause des hommes de pouvoir – PPDA, Depardieu, l'abbé Pierre, aujourd'hui Bruel –, les agressions perpétrées dans les environnements censés protéger les enfants, comme le périscolaire : ces révélations successives ont progressivement dessiné la carte d'une criminalité de masse.

À chaque fois, le même cri des victimes, la même faiblesse et la même lenteur des institutions pénales, la même indifférence du personnel politique une fois l'émotion retombée. Jusqu'à la déflagration de l'assassinat de Lyhanna, et l'indignation nationale qu'il a provoquée. La mort de cette enfant de 11 ans a glacé les Français, en mettant à nu une forme d'impuissance de l'État face au fléau de la pédocriminalité – et ce alors que 160 000 enfants subissent des violences sexuelles chaque année, soit une victime toutes les trois minutes. Surtout, le drame a jeté une lumière crue sur l'incurie de nos dirigeants face à cet enjeu majeur, eux qui ne semblent toujours pas avoir pris la mesure de la révolte sociétale après #MeToo.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Emmanuel Macron a eu beau faire de l'égalité femmes-hommes une grande cause de son premier quinquennat, et de la protection des enfants celle de son second, il s'est révélé, dans les faits, un bien piètre défenseur des victimes. Le gouvernement Lecornu, quant à lui, patauge dans les annonces à l'emporte-pièce de son ministre de la Justice, Gérald Darmanin, plus prompt à vouloir sauver sa carrière qu'à reconnaître sa responsabilité politique dans ce fiasco. Quant au reste du personnel politique, il évolue entre incantations répressives à droite et constat fataliste du manque de moyens à gauche.

Se tourner vers la société civile

Pour sortir de cette impasse, il faut se tourner vers la société civile, d'où émergent souvent les réponses les plus ambitieuses. Car les choses bougent, grâce aux féministes, qui sont comme toujours à la pointe de la lutte. Afin de dépasser le sentiment d'impuissance et de colère qui nous accable tous face à la pédocriminalité, les militantes se sont dotées d'outils conceptuels pour donner de la force à leur combat. Dans le bel entretien qu'elle nous accorde, Andréa Bescond, ancienne enfant victime et autrice du formidable spectacle « les Chatouilles », introduit le concept d'enfantisme, qui permet de penser et de défendre la cause des enfants.

L'enfantisme veut lutter contre la prégnance des préjugés à leur encontre, en dénonçant la tendance structurelle des adultes, non à les protéger, mais à les dominer, en leur infligeant des violences de tout ordre. Il met au jour la vulnérabilité structurelle des mineurs, mais aussi l'impératif de les reconnaître pleinement comme des sujets de droit, et de respecter leur intégrité.

Surtout, nourri par les avancées du mouvement féministe, le combat contre la pédocriminalité lève le voile sur un impensé : il existe un continuum entre les violences sexuelles infligées aux femmes et celles dont sont victimes les enfants. À chaque fois, c'est la même structure oppressive qui est à l'œuvre, la même domination masculine qui fait des ravages, le même système patriarcal qui légitime ces abus en série.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Une proposition de loi historique

C'est ce qu'a très bien perçu la proposition de loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles, qui fait œuvre historique en reliant pour la première fois les causes féministe et enfantiste. Soutenu par l'ensemble des forces parlementaires – à l'exception notable du Rassemblement national –, ce texte transpartisan propose une réponse globale, par une stratégie d'action sur tous les fronts : justice, police, mais aussi famille, santé, éducation et numérique. Exigeons de tous nos politiques, et particulièrement du gouvernement Lecornu, qu'il s'en empare sans plus tergiverser. La cause des enfants doit enfin devenir un impératif national. Pour que la mort de Lyhanna ne reste pas vaine.