Signal Logement : une initiative paloise devenue arme nationale contre le mal-logement
Conçue dans l'esprit de l'ancien responsable de la Maison de l'habitat de Pau, l'idée de la plateforme Signal Logement a été développée par l'État depuis 2021. Le site vient récemment d'être labellisé, mettant en lumière son efficacité remarquable dans la lutte contre le mal-logement à travers toute la France.
Un fléau national : 600 000 logements indignes
Moisissures persistantes, humidité envahissante, installations électriques défectueuses, chauffages défaillants, isolations thermiques désastreuses… Les motifs de désagrément et de danger pour les locataires ne cessent de se multiplier. Selon les dernières données de la Fondation pour le logement (anciennement Fondation abbé Pierre), la France compte encore aujourd'hui 600 000 logements indignes, où survivent péniblement 1,3 million de personnes.
De l'observation à l'innovation : la genèse paloise
C'est face à ce constat alarmant que Chouaib Nounes, alors responsable de la maison de l'habitat de l'agglomération de Pau entre 2016 et 2020, a développé son concept révolutionnaire. « Le réflexe des gens qui venaient nous voir était toujours de sortir leur téléphone pour nous montrer des photos », se souvient cet agent territorial passionné. Cette récurrence quotidienne a fait germer une idée prometteuse lorsque le quinquagénaire a découvert le dispositif beta.gouv.fr.
Depuis 2015, cet incubateur de services numériques piloté par le gouvernement parcourt l'Hexagone à la recherche des meilleures idées pour accompagner les « start-up d'État ». Chouaib Nounes a saisi cette opportunité unique et, mi-2020, a proposé son concept de plateforme numérique initialement baptisée Histologe.
Un guichet unique numérique contre les logements indignes
« Il s'agit d'un site web où le locataire du parc privé peut signaler un problème dans son logement », explique le Palois avec conviction. À l'autre extrémité de la chaîne numérique, la plateforme rassemble tous les acteurs publics susceptibles de répondre aux problématiques liées à l'habitat. L'acteur compétent pour chaque signalement spécifique s'en empare alors pour accompagner le locataire vers une résolution concrète.
L'agglomération de Pau a testé avec succès ce dispositif innovant pendant six mois. En 2021, l'agence nationale de la cohésion des territoires a proposé de l'étendre à un territoire plus vaste, reconnaissant son potentiel transformateur.
Du local au national : une expansion rapide
Quelques mois seulement après cette première validation, le ministère de la Transition écologique, en charge du logement, s'est emparé de l'idée paloise pour la développer à l'échelle nationale. Rebaptisée Signal Logement en 2025, la plateforme a désormais séduit 88 % des départements français.
« C'est évidemment une immense fierté qu'une idée née à Pau ait intéressé le ministère qui porte cette politique publique pour aider le plus grand nombre de locataires possible », s'enthousiasme le fondateur Chouaib Nounes, visiblement ému par cette reconnaissance nationale.
Un fonctionnement départemental efficace
Dans chaque département, la plateforme est portée par un acteur chef de file désigné :
- La direction départementale des territoires et de la mer
- L'association départementale d'information sur le logement (Adil)
- La Caisse d'allocation familiale
Sa mission principale consiste à orienter les signalements effectués par les locataires vers les interlocuteurs appropriés (CAF, Conseil départemental, commune, service d'hygiène, ARS, etc.) fédérés au sein de la plateforme, afin d'accompagner chaque demandeur vers une solution durable.
Des conditions d'accès simples et des résultats impressionnants
« La seule condition à remplir par le locataire pour déposer un signalement est d'avoir d'abord informé son bailleur sans obtenir de réponse satisfaisante », précise Chouaib Nounes avec pédagogie. Depuis son lancement national en 2021, la plateforme a enregistré 99 269 signalements, avec un taux de traitement exceptionnel de 99,3 % des cas signalés.
La carte nationale des signalements : des disparités régionales
La carte statistique de Signal Logement révèle des disparités territoriales significatives :
- Les Bouches-du-Rhône affichent le plus grand nombre de signalements avec 13 370 cas
- Les Alpes-Maritimes suivent avec 5 485 signalements
- La Gironde occupe la troisième place avec 5 475 demandes
Dans la région Nouvelle-Aquitaine, le classement détaillé montre :
- Pyrénées-Atlantiques : 1 694 problèmes signalés
- Charente-Maritime : 1 477 signalements
- Dordogne : 1 289 cas
- Charente : 425 demandes
- Landes : 360 signalements
- Lot-et-Garonne : 244 problèmes rapportés
Des impacts concrets et mesurables
« La plateforme a permis de sortir 16 312 personnes du mal-logement », souligne fièrement Chouaib Nounes. Ce chiffre représente 16,43 % des cas signalés, démontrant l'efficacité opérationnelle du dispositif.
Lorsque les désordres constatés imposent des travaux et des investissements de la part du bailleur, les acteurs de Signal Logement accompagnent également ce dernier dans ses démarches. « Il est fréquent que les bailleurs n'aient pas connaissance de l'existence des dispositifs d'aides financières disponibles », commente le fondateur avec pragmatisme.
Des mesures coercitives en dernier recours
Enfin, lorsque le logement met clairement en danger la santé ou la sécurité du locataire, les acteurs du dispositif peuvent prendre des mesures coercitives à l'encontre du bailleur négligent. « C'est heureusement à la marge », tempère le Palois, soulignant que la médiation et l'accompagnement restent les approches privilégiées.
Une reconnaissance nationale méritée
À l'occasion du 10e anniversaire de beta.gouv.fr, la direction interministérielle du numérique (Dinum) a intégré, début avril, six nouvelles start-up d'État dans le cercle restreint du label des services numériques à impact national. Signal Logement fait partie de ce cénacle d'excellence, une reconnaissance que Chouaib Nounes accueille avec une satisfaction légitime.
« Pour atteindre ce statut prestigieux, ces start-up ont dû démontrer des résultats probants d'efficacité, améliorer concrètement la vie de milliers de Français et justifier d'un déploiement national significatif », indique la Dinum dans son communiqué officiel, validant ainsi l'impact transformateur de cette initiative née dans les Pyrénées-Atlantiques.



