Le mardi 2 juin 2026, en préfecture de l'Hérault, un manifeste départemental d'engagement contre les violences sexistes et sexuelles dans le sport a été signé par les représentants de l'État, des collectivités, du mouvement sportif et de nombreux clubs professionnels et amateurs. Cette cérémonie solennelle, porteuse d'espoir, prend une résonance particulière lorsqu'elle est confrontée à l'histoire de Luna, 16 ans, dont l'ancien entraîneur d'aïkido a été condamné en mars dernier par le tribunal correctionnel de Montpellier pour des faits d'agressions sexuelles.
Des signalements en hausse
Longtemps considérées comme des situations isolées, les violences dans le sport révèlent aujourd'hui une réalité bien plus préoccupante. Lors de la signature du manifeste, Michaël Bruno, du Service départemental à la jeunesse, à l'engagement et aux sports (SDJES), a rappelé des chiffres alarmants : un enfant sur sept serait victime de violences dans le cadre sportif avant sa majorité. Au niveau national, les signalements sont passés de 532 en 2024 à 872 en 2025. Dans l'Hérault, 58 signalements ont déjà été enregistrés depuis le début de l'année 2026, dont 12 pour des violences sexistes et sexuelles. "Douze victimes de trop", a insisté Michaël Bruno. Si cette hausse traduit une parole qui se libère davantage, elle souligne aussi l'ampleur d'un phénomène qui impose de renforcer la prévention, la formation et le repérage des situations à risque. C'est tout l'objet du manifeste signé en préfecture.
Le témoignage d'Yvan, père de Luna
Quelques semaines après la condamnation de son ancien entraîneur, Luna poursuit un long chemin de reconstruction. Son père, Yvan, a accepté de témoigner pour rappeler ce qui se cache derrière les statistiques et les engagements institutionnels. "Aujourd'hui, ça va mieux, mais on est loin du bout du chemin", confie-t-il. Après une hospitalisation, un suivi psychiatrique et une profonde dépression, l'adolescente recommence progressivement à vivre. Avant le procès, c'était encore plus grave : tentative de suicide, scarification, beaucoup de violence envers elle-même et envers ses proches. "Elle a repris sa scolarité, elle retrouve une vie sociale. On diminue les médicaments. Les choses se remettent doucement en place, mais cela prendra encore du temps."
"On n'a pas compris ce qui se passait"
Le procès, en mars dernier, a constitué une étape essentielle. "Ce qui comptait pour elle, ce n'était pas tant la peine que le fait d'être reconnue comme victime. Que la justice dise clairement que ce qu'elle avait subi n'était pas normal." Pour autant, les blessures demeurent. "Ça ne s'effacera jamais complètement", reconnaît son père. Comme souvent dans ce type d'affaires, les faits se sont installés progressivement. Luna était enfant lorsque les premiers comportements déplacés sont apparus. "C'est extrêmement compliqué pour une enfant de comprendre ce qui est en train de se passer. Quand il s'agit d'un adulte référent, quelqu'un en qui tout le monde a confiance, les repères sont brouillés."
Car la famille n'avait aucun soupçon. "On avait totalement confiance. Elle adorait ce sport, elle avait un très bon niveau. Quand elle nous a annoncé qu'elle voulait arrêter, on a même été maladroits. On ne comprenait pas pourquoi. À aucun moment on n'imaginait ce qu'il y avait derrière."
"Les jeunes sont plus sensibilisés"
Ce sont finalement les amis de Luna qui l'ont aidée à prendre conscience de l'anormalité de la situation. "Ses copines lui disaient que ce n'était pas normal. J'ai quand même l'impression que les jeunes sont plus sensibilisés que nous ne l'étions." Yvan insiste également sur les difficultés rencontrées au moment du dépôt de plainte. "Des procédures extrêmement complexes. Sans accompagnement, notre première plainte aurait probablement été classée."
Le véritable tournant intervient grâce à la plateforme nationale de signalement du ministère des Sports. "Au départ, notre fille ne voulait pas porter plainte. Elle voulait simplement tourner la page. Le signalement a permis qu'elle soit accompagnée, écoutée et comprise. Pour nous, ça a été décisif." La médiatisation de l'affaire répond à une autre conviction profonde de la famille : permettre à d'autres victimes de parler. "On réalise qu'on n'est pas seul…"
Un combat collectif
C'est précisément cette loi du silence que les signataires du manifeste souhaitent aujourd'hui briser. Pour Yvan, ces initiatives vont dans le bon sens. "Il faut que les enfants sachent à qui parler. Il faut que les bénévoles, les éducateurs, les parents soient davantage formés. Chaque outil qui permet de détecter plus tôt ou d'aider une victime à parler est utile." Un combat collectif dont Luna, malgré elle, est devenue l'un des visages.



