Stages de citoyenneté numérique : une approche éducative pour les jeunes sous protection judiciaire
Dans le cadre de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), des stages de citoyenneté se développent comme alternative aux poursuites pénales pour les mineurs. Récemment en Lozère, l'association Num'n Coop a animé pendant cinq jours un atelier dédié aux dangers du numérique auprès de cinq jeunes accompagnés par la PJJ.
Le cadre juridique des mesures alternatives
Nicolas Bonnici, responsable d'unité éducative à la PJJ, explique le contexte légal : "Depuis 2021, le Code de la justice pénale des mineurs prévoit un jugement en deux temps. Entre la première audience sur la culpabilité et la seconde sur les sanctions, un module de réparation peut être ordonné." Pour les infractions moins graves, le Parquet peut même prescrire des mesures alternatives aux poursuites, évitant ainsi au mineur de comparaître devant le juge des enfants.
L'objectif est clair : permettre au jeune de "payer sa dette envers la société sans passer par le tribunal". Ces dispositifs incluent divers stages de citoyenneté adaptés aux infractions commises : stupéfiants, sécurité routière, violences...
Une pédagogie active contre la désinformation
L'intervention de Num'n Coop s'est concentrée sur les risques numériques avec une approche ludique. Pierre Delmas Audiffren, médiateur numérique, a travaillé avec des jeunes de 15 à 18 ans, parfois en décrochage scolaire. Dès le premier jour, la projection du Jeu de la mort a permis d'aborder les mécanismes de manipulation et les biais cognitifs.
Le stage a progressivement abordé :
- Les usages personnels du numérique
- Les sources d'information et l'influence des réseaux sociaux
- Les questions sensibles comme le cyberharcèlement et le partage de contenus intimes
Fil conducteur de l'atelier, les participants ont créé le scénario d'une fausse fake news. Avec l'aide d'une journaliste, ils ont décrypté les techniques de désinformation :
- Titres accrocheurs et sensationnalisme
- Absence de sources vérifiables
- Témoignages anonymes
Acquisition de compétences techniques et sociales
Les jeunes se sont impliqués dans toutes les étapes de production :
- Manipulation de caméra et de perche audio
- Montage vidéo et mixage sonore
- Création d'effets spéciaux
- Jeu d'acteur et interviews
"L'objectif était que chacun soit actif du début à la fin", précise Pierre Delmas Audiffren. Le résultat est une vidéo de cinq minutes au format YouTube, qui sera intégrée au rapport transmis au magistrat.
Impact sur les décisions judiciaires
Ces stages servent également à évaluer des compétences sociales fondamentales : ponctualité, assiduité, respect des consignes, vie en collectivité. Le bon déroulement peut influencer favorablement les décisions de justice :
- Possibilité de classement sans suite par le Parquet
- Sanctions plus clémentes du tribunal pour enfants
- Déclaration de réussite éducative récemment instaurée
Nicolas Bonnici insiste sur la philosophie de la PJJ : "Un jeune délinquant est avant tout un jeune en danger. Nous plantons des graines dans leur esprit qui, nous le croyons, germeront un jour." Loin du laxisme parfois reproché, cette approche valorisante vise à restaurer l'estime de soi chez des adolescents souvent fragilisés.
Ces stages de citoyenneté numérique illustrent ainsi comment la justice des mineurs combine sanction éducative et prévention des risques contemporains, tout en offrant aux jeunes une véritable opportunité de réinsertion.



