Sexemodel.com, vitrine majeure de la prostitution des mineures en ligne en France
Sexemodel.com, vitrine de la prostitution des mineures en ligne

Sexemodel.com, une plateforme controversée au cœur du proxénétisme des mineures

Dans les enquêtes judiciaires sur le proxénétisme impliquant des adolescents, un nom émerge systématiquement : Sexemodel.com. Ce site, qui se présente officiellement comme un espace de rencontres libertines, représente en réalité l'une des principales vitrines de la prostitution en ligne en France. Avec un volume impressionnant d'annonces actives et plusieurs millions de visites mensuelles, il facilite des activités illicites où des adolescentes, parfois extrêmement jeunes, se retrouvent piégées.

Un système opaque et dangereux

L'accès à Sexemodel.com ne requiert qu'une simple déclaration sur l'honneur concernant la date de naissance, sans vérification réelle. Les utilisateurs pénètrent ensuite dans un univers où les annonces sont classées selon des critères comme l'âge, le tour de poitrine ou l'ethnie. Pour maintenir une ambiguïté calculée, les tarifs sont exprimés en « fleurs », mais lorsque « 50 roses » correspondent à une fellation, la réalité transactionnelle ne trompe personne.

La responsabilité juridique en question

En France, si la prostitution n'est pas interdite en tant que telle, son organisation, c'est-à-dire le proxénétisme, ainsi que son recours, sont strictement prohibés, surtout lorsque des mineures sont victimes. Me Lorraine Questiaux, avocate et chargée de mission juridique au mouvement du Nid, souligne : « Sans ces sites internet, il n'existerait pas de possibilités aussi simples pour prostituer des mineures. Il faut bien un lieu où l'offre et la demande se rencontrent. La fermeture de ce site porterait un coup sévère à cette activité criminelle. »

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Le parquet de Paris confirme que Sexemodel.com apparaît dans plusieurs procédures judiciaires, sans toutefois dévoiler leur nombre exact ni commenter les raisons de son maintien en ligne. Contacté par nos soins, le site n'a pas répondu aux demandes d'information. Selon une enquête menée par Mediapart et d'autres médias du réseau European Investigative Collaborations, la plateforme est gérée par David Azzato, un Suisse résidant à Dubaï, déjà condamné en France à trois ans de prison avec sursis pour proxénétisme en 2011.

Les défis des investigations

Sexemodel.com est domicilié en Suisse, ce qui complique significativement les enquêtes et les procédures judiciaires françaises. De plus, le site se présente comme un simple hébergeur d'annonces, se déchargeant de toute responsabilité dans ses conditions d'utilisation pour « tout contact ou réunion résultant de publicités placées ». Il affirme pratiquer une « tolérance zéro » envers les activités illégales et coopérer avec les forces de l'ordre lorsqu'une réquisition judiciaire est émise.

Une explosion du phénomène depuis dix ans

Cette coopération potentielle pourrait expliquer en partie pourquoi la plateforme demeure accessible. Me Inès Davau, avocate de l'association Equipes d'action contre le proxénétisme (EACP), explique : « C'est un outil qui permet de tracer les proxénètes. Les annonces sont en libre accès, contrairement à des canaux plus privés comme Snapchat ou Telegram. » Les annonces, messages et transactions peuvent ainsi servir de preuves dans les dossiers judiciaires.

Cependant, cette justification ne fait pas l'unanimité. Me Lorraine Questiaux estime que « la coopération avec la justice est un argument paresseux qui justifie l'inertie. On démantèle des petites structures pour afficher des statistiques, alors que nous faisons face à un phénomène social majeur. »

Selon l'Observatoire national des violences faites aux femmes, entre 2021 et 2024, le nombre de victimes mineures de proxénétisme a augmenté de 107 %. Me Inès Davau observe : « L'accès aux réseaux sociaux banalise la prostitution et donne l'impression que c'est une activité facile. » Les proxénètes perçoivent souvent cette activité comme « moins risquée » que le trafic de stupéfiants.

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Le proxénétisme à l'ère numérique

Malgré tout, les professionnels s'accordent sur un point : fermer Sexemodel.com ne résoudrait pas le problème de la prostitution des mineurs. Un autre site prendrait immédiatement sa place. Des plateformes comme Coco, Wannonce ou la rubrique « Rencontres » de Viva Street ont déjà été fermées en raison de leur implication dans des affaires similaires.

Lucile Rozane, présidente de l'EACP, constate : « Aujourd'hui, tout se passe en ligne. Sur TikTok également, des proxénètes publient des petites annonces. Les adolescents peuvent entraîner d'autres jeunes dans ces réseaux, donnant naissance à de petites structures criminelles. »

Elle regrette que « les pouvoirs publics soient dépassés par la situation ». Si les proxénètes font régulièrement l'objet de condamnations, les clients sont beaucoup moins inquiétés, avec seulement environ un millier de poursuites annuelles, un chiffre dérisoire face à l'ampleur du phénomène.