Un procès en appel à huis clos pour viol en réunion
Trois anciens rugbymen du FC Grenoble seront jugés à partir de mercredi devant la cour d'assises d'appel d'Angoulême. Ils font appel de leur condamnation en première instance pour le viol d'une étudiante survenu en mars 2017 à Bordeaux, après un match de Top 14. Les débats se dérouleront à huis clos, comme l'ont demandé les avocats de la victime, et devraient durer jusqu'au 3 avril.
Des peines lourdes prononcées en première instance
En décembre 2024, près de huit ans après les faits, les trois joueurs avaient été condamnés à de lourdes peines de réclusion. Le Français Loïck Jammes et l'Irlandais Denis Coulson avaient écopé de quatorze ans de prison, tandis que le Néo-Zélandais Rory Grice avait été condamné à douze ans de réclusion pour viol en réunion. Deux autres équipiers, l'Irlandais Chris Farrell et le Néo-Zélandais Dylan Hayes, qui avaient assisté à la scène sans intervenir, n'ont pas fait appel de leurs condamnations respectives de quatre ans de prison (dont deux avec sursis) et deux ans avec sursis.
Une nuit traumatisante pour la victime
Les faits remontent au 11 mars 2017. La victime, alors âgée de 20 ans et étudiante, avait suivi des rugbymen dans une discothèque lors d'une soirée très alcoolisée. Le lendemain matin, elle a quitté en larmes l'hôtel de Mérignac où séjournaient les joueurs grenoblois après leur défaite contre l'Union Bordeaux-Bègles. Dans sa plainte, l'étudiante, devenue magistrate depuis, a déclaré ne pas se souvenir de la suite des événements après être entrée dans la discothèque. Elle a précisé s'être réveillée nue sur un lit avec une béquille introduite dans le vagin, entourée de deux hommes nus et d'autres habillés.
Des versions diamétralement opposées
La défense des trois rugbymen s'appuie sur une vidéo tournée par l'un d'eux pour affirmer que la jeune femme était consentante et prenait des initiatives. « Ils ne pouvaient pas percevoir qu'elle n'était pas consentante. Tous étaient alcoolisés et ne l'ont jamais contrainte à rien », a expliqué Me Corinne Dreyfus-Schmidt, avocate de Denis Coulson, estimant que les peines prononcées en 2024 étaient « déraisonnables et excessives ».
À l'inverse, les parties civiles soutiennent que la vidéo montre la victime dans un état dissociatif, en pilote automatique selon les experts psychiatres. Me Gaessy Gros, avocat des parties civiles, a déclaré que l'introduction d'objets en elle - une banane et une bouteille d'eau - « peut presque s'apparenter à des actes de torture » et confirme le viol en réunion.
Un traumatisme durable
Me Grégoire Mouly, l'un des avocats de la victime, a souligné que « neuf ans après les faits », sa cliente « n'a toujours pas fait le deuil de ce qu'il s'est passé ». Cette dimension psychologique pèse lourdement sur le procès et explique la demande de huis clos pour protéger la victime lors des débats particulièrement éprouvants.
Le procès d'appel qui s'ouvre à Angoulême représente donc une étape cruciale dans cette affaire judiciaire complexe, où s'affrontent des versions contradictoires sur les événements de cette nuit de mars 2017. La cour devra trancher entre la thèse du consentement avancée par la défense et celle du viol en réunion soutenue par l'accusation et les parties civiles.



