Bruno Retailleau propose une cour disciplinaire pour les magistrats
Retailleau veut une cour disciplinaire des magistrats

En réaction aux dysfonctionnements dans la mort de la jeune Lyhanna, 11 ans, le président des Républicains (LR) et ancien ministre sous Macron, Bruno Retailleau a proposé samedi dans Le Parisien de créer « une cour disciplinaire de la magistrature », afin de prononcer d’éventuelles sanctions à la place de l’actuel Conseil supérieur de la magistrature.

Des sanctions jugées insuffisantes

« Les mécanismes de sanction des magistrats ne fonctionnent pas », a estimé Bruno Retailleau, candidat des LR à la prochaine présidentielle. « Ils dépendent du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) qui est trop corporatiste dans sa composition. Ce qui explique qu’en une quinzaine d’années, une seule sanction, en l’occurrence un blâme, a été prise », a-t-il assuré. Cependant, pour le seul début d’année 2026, selon les décisions rendues publiques sur son site Internet, le CSM a prononcé six sanctions, allant jusqu’à l’exclusion temporaire.

Une composition incluant des citoyens tirés au sort

Pour Bruno Retailleau, la cour qu’il propose devra comprendre « un collège de citoyens, désigné par tirage au sort » siégeant « aux côtés de magistrats et de personnalités qualifiées ». « Cette cour ne sera pas présidée par un magistrat mais par l’un des autres membres, élu par ses pairs. Elle pourra être saisie par les citoyens, les supérieurs hiérarchiques des magistrats en cause ou le ministre de la Justice », a-t-il développé auprès du Parisien.

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Quant à l’actuel CSM, « il existera sous une autre forme, notamment pour les nominations de magistrats », pour lesquels il officie déjà, a ajouté Bruno Retailleau. « Tout cela fera partie de la révision constitutionnelle que je proposerai » en cas d’élection, a-t-il dit.

Le contexte du drame de Lyhanna

Ces propositions sont annoncées après la mort de Lyhanna dans le Gers, et le fait que le principal suspect, Jérôme B., a fait l’objet de plusieurs signalements ou plaintes, notamment pour viols sur mineure, amenant Emmanuel Macron à évoquer un « dysfonctionnement » dans cette affaire.

Les critiques de Retailleau sur la bureaucratie

Vendredi soir sur TF1, le ministre de la Justice Gérald Darmanin a pour sa part déploré que « l’institution judiciaire n'(ait) pas su protéger » la fillette, en estimant « qu’on a failli dans le suivi des plaintes » déposées contre le principal suspect. Le garde des Sceaux avait pourtant en janvier dernier émis une circulaire pénale priorisant les enfants victimes dans le traitement des plaintes, mais « visiblement, le ministre n’a pas été suivi », a pointé Bruno Retailleau.

« Ça ne sert à rien de multiplier les circulaires si on ne vérifie pas méthodiquement leur application. Ce drame est révélateur de la bureaucratie française. L’Etat est devenu une machine totalement grippée, dont les commandes ne répondent plus », a-t-il critiqué.

Les positions des autres candidats

Lors d’un débat à Taverny (Val-d’Oise) samedi après-midi, deux autres candidats à la présidentielle, Edouard Philippe (Horizons) et David Lisnard (Nouvelle Energie), ont aussi dénoncé les failles du système judiciaire.

David Lisnard veut interdire le Syndicat de la magistrature

« Je vois une succession de ratés, de loupés […] qui aboutit à un désastre », a souligné Edouard Philippe, tandis que David Lisnard y a vu « l’expression d’une chaîne pénale qui est en déliquescence ». Le maire du Havre et celui de Cannes ont mis en avant des défauts d’organisation, mais aussi de formation des magistrats. « On a plein de super magistrats en France », mais « le fait d’avoir une seule école l’ENM, ça crée forcément un entre-soi », a estimé David Lisnard, appelant à de « la compétition entre les écoles ».

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« Il faut avoir eu un petit peu une expérience dans la vie » avant de juger « parce que dans le cas contraire, on sera toujours sur de l’abstraction et on verra la justice évoluer vers l’impuissance et vers l’idéologie », a-t-il insisté. Les deux maires ont aussi critiqué le Syndicat de la magistrature, orienté à gauche, que David Lisnard souhaite même « interdire ». « Je m’interroge très sérieusement sur le bien-fondé, dans un domaine aussi sensible que la magistrature, d’un pouvoir syndical assez important et qui donne le sentiment d’être assez intouchable », a souligné de son côté Edouard Philippe.