Psychiatres dénoncent l'instrumentalisation sécuritaire de leur discipline
Psychiatres contre l'instrumentalisation sécuritaire

Psychiatrie et risque terroriste : des praticiens dénoncent une instrumentalisation à des fins sécuritaires

Dans un contexte où la lutte contre le terrorisme reste une priorité nationale, des voix s'élèvent au sein de la communauté psychiatrique pour mettre en garde contre une dérive inquiétante. Des praticiens dénoncent en effet une instrumentalisation croissante de leur discipline à des fins purement sécuritaires, au détriment de l'éthique médicale et du bien-être des patients.

Une inquiétude grandissante parmi les professionnels

Les psychiatres pointent du doigt une pression accrue des autorités pour qu'ils participent activement à la prévention du risque terroriste. Cette demande, souvent formulée de manière implicite, les place dans une position délicate où leur rôle thérapeutique se trouve mêlé à des objectifs de surveillance et de contrôle. Cette confusion des genres menace selon eux la relation de confiance essentielle entre le médecin et son patient, fondement de toute prise en charge efficace en santé mentale.

Plusieurs cas ont été rapportés où des informations confidentielles, divulguées dans le cadre thérapeutique, ont été utilisées à des fins d'enquête sans le consentement des personnes concernées. Cette pratique, bien que justifiée par des impératifs de sécurité nationale, soulève des questions éthiques majeures et risque de décourager les individus en souffrance psychique de consulter, par crainte d'être fichés ou suspectés.

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Les risques de stigmatisation et de discrimination

Un autre écueil mis en lumière par ces professionnels est le risque de stigmatisation accru des personnes atteintes de troubles mentaux. En associant systématiquement psychiatrie et dangerosité terroriste, on renforce des préjugés néfastes et on alimente une vision caricaturale de la maladie mentale. Les psychiatres insistent sur le fait que la grande majorité des patients ne présente aucun risque violent, et que faire le lien entre pathologie psychique et passage à l'acte terroriste est non seulement erroné, mais aussi profondément injuste.

Cette instrumentalisation pourrait également conduire à des discriminations dans l'accès aux soins, certains établissements ou praticiens étant perçus comme des relais des services de renseignement. La peur d'être surveillé ou signalé pourrait ainsi éloigner des personnes vulnérables des dispositifs de santé mentale dont elles ont besoin, aggravant leur situation et créant un cercle vicieux d'exclusion et de méfiance.

Un appel à préserver l'indépendance de la psychiatrie

Face à ces dérives, les praticiens concernés lancent un appel solennel pour que soit préservée l'indépendance et la déontologie de leur profession. Ils rappellent que leur mission première est de soigner, d'accompagner et de soulager la souffrance psychique, non de participer à des logiques de suspicion et de contrôle social. Ils demandent un cadre clair et respectueux des droits des patients, où la confidentialité des échanges thérapeutiques serait garantie, sauf dans des cas extrêmement rares et strictement définis par la loi.

Ils préconisent également une meilleure formation des acteurs de la sécurité sur les questions de santé mentale, afin de dissiper les malentendus et de favoriser une approche plus nuancée et moins stigmatisante. Enfin, ils soulignent la nécessité d'un dialogue constructif entre le monde médical et les autorités, pour que la lutte contre le terrorisme ne se fasse pas au prix d'une dégradation des droits fondamentaux et de la qualité des soins en psychiatrie.

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