Une proposition de loi historique pour décriminaliser le travail du sexe en France
Dix ans après l'adoption de la loi sur la répression du système prostitutionnel, des associations de travailleuses et travailleurs du sexe, en collaboration avec la sénatrice Anne Souyris et le député Andy Kerbrat, ont déposé une proposition de loi visant à décriminaliser l'activité. Cette initiative, présentée cette semaine au Parlement, marque un tournant dans le débat public sur la prostitution en France.
Une concertation inédite avec les personnes concernées
La proposition de loi est le fruit d'une concertation approfondie auprès de 70 travailleurs et travailleuses du sexe, une première en France selon la sénatrice Anne Souyris, membre du groupe écologistes. « C'est une démarche holistique qui part de la réalité vécue par les gens, quelque chose qui n'a jamais été fait auparavant dans notre pays », souligne-t-elle. Les associations impliquées, dont la Fédération Parapluie rouge, Amnesty International, Acceptess-T et le collectif NousToutes, militent activement pour une réforme de la loi de 2016, qui pénalise l'achat d'actes sexuels.
Les objectifs clés de la proposition
La proposition de loi s'articule autour de plusieurs axes majeurs :
- Abrogation de la pénalisation des clients et des lois sur le proxénétisme.
- Soutien aux personnes exilées en situation irrégulière, souvent vulnérables dans ce secteur.
- Protection contre les discriminations et l'exploitation, avec un accent sur la sécurité et la santé.
- Prévention de la vente de services sexuels par les mineurs, pour assurer une protection renforcée.
Sarah-Marie Maffesoli, référente plaidoyer travail du sexe pour Médecins du Monde, a insisté lors d'une présentation à la presse : « C'est ce que revendiquent toutes les travailleuses du sexe, partout dans le monde, quelle que soit leur situation ».
Protéger les droits et lutter contre les violences
Pour Anne Souyris, cette loi n'est pas une promotion de la prostitution, mais une mesure visant à « donner des droits » et à être « efficace, pas une loi de bonne conscience ». Elle explique : « C'est protéger les personnes des violences et faire en sorte qu'elles retrouvent un maximum de droits leur permettant soit de continuer en étant protégées par le droit du travail, soit d'arrêter en ayant la possibilité d'arrêter ».
Giovanna Rincon, directrice d'Acceptess-T, qui soutient les populations transgenres précarisées, a alerté sur les conséquences de la loi de 2016 : « L'adoption de la pénalisation des clients a éloigné du système de santé les travailleuses et travailleurs du sexe trans, de plus en plus en rupture des soins du VIH ».
Une urgence sanitaire et sociale
Sébastien Tuller, d'Amnesty International, a souligné l'urgence de la situation : « Il y a une urgence dix ans après la pénalisation des clients à trouver une manière de mieux encadrer, mieux protéger la santé, la sécurité des personnes travailleuses du sexe, de lutter contre les violences ». Il qualifie cette proposition de loi de « première étape historique », tout en appelant à aller plus loin dans les réformes futures.
Cette initiative parlementaire, portée par une coalition d'associations et d'élus, ouvre un nouveau chapitre dans le débat sur la prostitution en France, avec l'ambition de concilier protection des droits et lutte contre les abus.



