Procès Thierry-Hambli : l'ancien patron de l'Ocrtis admet des erreurs mais dénonce les failles de la lutte anti-stups
Procès Thierry-Hambli : erreurs admises, failles anti-stups dénoncées

Procès Thierry-Hambli à Bordeaux : des aveux et des critiques sur la lutte anti-stups

À la veille des réquisitions dans le procès qui se tient depuis trois semaines à Bordeaux, François Thierry, ancien patron de l'Office central pour la répression du trafic illicite des stupéfiants (Ocrtis), a concédé des erreurs dans la gestion de son indic, Sofiane Hambli. Cependant, il a contesté toute accusation de protection, mettant en lumière les failles profondes de la lutte contre le crime organisé en France. Quelle que soit l'issue du procès, son affaire pourrait servir de matière pour une refonte nécessaire des stratégies policières et judiciaires.

Une déposition très attendue devant le tribunal correctionnel

Plus de dix heures à la barre jeudi et vendredi ont permis à François Thierry de livrer sa version des faits. Jugé pour complicité de trafic de stupéfiants, il ne ressort ni de l'enquête ni des débats qu'il ait personnellement profité du trafic. L'ordonnance de renvoi lui reproche toutefois d'avoir, par ses actes ou ses abstentions, favorisé les activités de son indic lors d'une livraison surveillée de cannabis en provenance du Maroc.

Le brouillard de la stratégie Myrmidon

Validée à tous les niveaux hiérarchiques au début des années 2010, la stratégie Myrmidon représentait un changement de paradigme. Je m'en fous de laisser passer un camion, ce qui m'intéresse, c'est de trouver le commanditaire, a déclaré le policier. Pourtant, cette approche a montré ses limites lorsque Sofiane Hambli, cheville ouvrière du projet, a dépassé son rôle d'indic pour développer son propre trafic, profitant de la livraison surveillée.

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François Thierry a reconnu s'être trompé sur la crédibilité de son indic : À la lumière du dossier, je vois qu'il m'a trompé. J'ai commis des erreurs. Il a également souligné l'absence de moyens pour le contrôler après sa libération conditionnelle, déplorant : On n'a plus de carotte.

Des zones d'ombre persistantes

Le procès n'a pas complètement levé l'épais brouillard entourant la lutte anti-stups de cette époque. Par exemple, la procédure douanière liée à la saisie de 7 tonnes de cannabis boulevard Exelmans à Paris en octobre 2015 reste partiellement classée secret-défense. Aucun représentant des douanes n'a été cité comme témoin, pas plus que certains magistrats parisiens ou lyonnais qui ont reproché à François Thierry de leur avoir fourni des informations parcellaires.

L'ancien procureur de Paris, François Molins, avait pointé la déloyauté du policier, accusation que ce dernier rejette en parlant d'une amnésie qui a frappé une partie du monde judiciaire.

Un projet d'infiltration trop ambitieux

François Thierry a expliqué que l'opération visait à s'inscrire dans un projet d'infiltration du réseau de Moufide Bouchibi, un autre baron du trafic. Cependant, il a eu du mal à en préciser les contours. Le procureur a questionné la faisabilité du dispositif, notant que Sofiane Hambli cumulait trop de rôles. Une faiblesse majeure, a admis le policier, ajoutant que l'encadrement juridique de l'époque était insuffisant.

Le tribunal devra déterminer si les erreurs de François Thierry relèvent de la simple discipline ou constituent une infraction pénale. Les réquisitions du parquet sont attendues ce lundi, marquant une étape cruciale dans ce procès qui expose les défis de la lutte contre le crime organisé.

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