Procès Sarkozy : Tensions et témoignages poignants sur l'attentat du DC-10 d'UTA
Procès Sarkozy : Audiences tendues sur l'attentat d'UTA

Une audience chargée d'émotion pour les proches des victimes

La dernière audience s'était révélée particulièrement éprouvante pour la défense de Nicolas Sarkozy. Mercredi 1er avril, la cour d'appel de Paris avait souhaité entendre les témoignages bouleversants des proches des victimes de l'attentat du DC-10 de la compagnie UTA. Cet avion avait été détruit en plein vol le 19 septembre 1989 au-dessus du Niger, causant la mort de 170 passagers, dont 54 Français.

Maryvonne Raveneau, veuve du commandant de bord de l'appareil abattu, s'était adressée directement à l'ancien président avec une colère palpable : « Le désert du Ténéré est imbibé du sang de 170 personnes. Nul ne peut croire, ici, que vous ne saviez pas. Vous avez sacrifié les victimes sur l'autel de vos ambitions politiques », avait-elle lancé, cramponnée à la barre des témoins.

Des accusations directes sur le financement libyen

Véronique Vellard, qui a perdu son frère et deux amis dans cette tragédie, avait ensuite pris la parole pour défier Nicolas Sarkozy en des termes sans équivoque : « Citoyenne attachée à l'État de droit, je suis venue vous dire ma stupeur, ma colère et mon mépris depuis que je sais que l'accueil en grande pompe de M. Kadhafi, en 2007 après votre élection, n'était pas dicté par la raison d'État mais lié au financement de votre campagne électorale ».

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L'accusation repose sur des rencontres troubles survenues en 2005 à Tripoli. Claude Guéant, alors directeur de cabinet du ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy, et Brice Hortefeux, son ministre délégué, auraient rencontré dans des conditions opaques Abdallah Senoussi, beau-frère de Mouammar Kadhafi et chef du renseignement intérieur libyen. Ces rencontres, organisées sous les auspices de l'intermédiaire libanais Ziad Takieddine, auraient scellé ce que les procureurs qualifient de « pacte de corruption » entre Nicolas Sarkozy et le régime tripolitain.

La défense difficile de l'ancien président

Mardi 7 avril, à la reprise des débats, Nicolas Sarkozy a finalement pu s'adresser aux parties civiles avant le début de son interrogatoire sur les faits qui lui sont reprochés. L'ancien président, vêtu d'un costume sombre et d'une chemise blanche, le teint gris, ne semblait pas au meilleur de sa forme. Sa voix, moins assurée qu'à son premier procès, chevrotait régulièrement, comme si la pugnacité qui le caractérisait autrefois s'était érodée.

« Si la cour me le permet, je souhaite effectivement m'adresser aux victimes, c'est impossible de ne pas leur répondre », a sollicité le prévenu. Il s'est ensuite lancé dans une défense mesurée : « Les victimes souffrent et ça leur donne tous les droits. Trente-six ans ont passé depuis le drame qui, à jamais, a marqué leur existence. La colère qu'elles ont exprimée mercredi dernier, je l'aurais ressentie moi-même si j'avais perdu un proche dans cet horrible attentat ».

Des dénégations fermes sur les accusations principales

Nicolas Sarkozy a catégoriquement nié les accusations portées contre lui : « La vérité est que je n'ai pas reçu un centime d'argent libyen pour ma campagne. Jamais je n'ai agi pour Senoussi ; jamais je ne lui ai promis quoi que ce soit ; je n'ai jamais pris la moindre initiative en sa faveur ». Se redressant progressivement, l'ancien président a développé son argumentation : « Kadhafi n'a jamais eu aucune prise sur moi, ni sur le plan financier, ni sur le plan politique, ni sur le plan personnel ».

Concernant la visite controversée de Mouammar Kadhafi en France en 2007, Nicolas Sarkozy a rappelé qu'elle faisait suite à la libération de cinq infirmières bulgares et d'un médecin palestinien injustement détenus en Libye. Il a également souligné son rôle dans l'initiative militaire de 2011 en Libye : « Ma main n'a pas tremblé quand il s'est agi, dans le respect du droit international, de prendre l'initiative d'une action militaire en Libye pour protéger les populations civiles ».

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Les interrogations sur les intermédiaires libyens

Le président de la cour, Olivier Géron, a ensuite mené un interrogatoire approfondi sur les relations de Nicolas Sarkozy avec les différents intermédiaires impliqués dans cette affaire. L'ancien président a expliqué sa rencontre avec Ziad Takieddine, présenté par Philippe Séguin en 2002 : « J'ai éprouvé une antipathie assez spontanée devant l'arrogance de ce monsieur ».

Pourtant, Takieddine a été impliqué dans des négociations avec l'Arabie saoudite l'année suivante, servant d'interprète pour des discussions sur la sécurisation des frontières. Interrogé sur ce choix, Nicolas Sarkozy a répondu : « Nous n'avions aucun contact en Arabie saoudite, Takieddine semblait y avoir ses réseaux. Les discussions progressaient bien alors je ne lui ai pas demandé son CV ».

Les voyages controversés en Libye

L'interrogatoire s'est ensuite concentré sur les voyages de Claude Guéant et Brice Hortefeux en Libye en octobre et décembre 2005. Concernant la visite de son directeur de cabinet, Nicolas Sarkozy a reconnu une erreur : « Claude Guéant n'aurait jamais dû laisser Takieddine intervenir dans un voyage officiel et s'infiltrer dans son programme. Son erreur est là ».

L'ancien président a proposé une explication : « Ce n'est qu'une hypothèse, mais je soupçonne Claude Guéant d'avoir surestimé l'influence de Takieddine en Libye. Souvenez-vous aussi qu'il a dirigé la police nationale : un policier reste un policier, tout renseignement est bon à prendre ».

Quant à sa propre rencontre avec Kadhafi sous une tente à Tripoli, Nicolas Sarkozy a souligné la présence de l'interprète de Jacques Chirac, ce qui rendait selon lui impossible toute discussion secrète : « Vous m'imaginez demander à l'interprète de traduire un tel accord ? Ça n'a pas de sens, monsieur le président ».

Une défense qui s'emporte puis s'excuse

Face aux affirmations de Ziad Takieddine selon lesquelles il aurait rencontré Senoussi lors de ce voyage, Nicolas Sarkozy est sorti de ses gonds : « Faut-il rappeler que M. Takieddine a été condamné pour ses mensonges ? Me croit-on assez sot pour avoir parlé avec ce tueur, responsable de la mort de 54 de nos compatriotes ? On est chez les fous ! ».

Craignant d'avoir insulté ses juges, l'ancien chef de l'État s'est rapidement calmé et a présenté ses excuses à la cour. Le président Géron lui a répondu avec stoïcisme : « J'avais prévu que certaines questions puissent vous paraître désagréables. Au moins ont-elles le mérite de vous permettre de vous expliquer ».

Concernant le voyage de Brice Hortefeux en Libye six semaines après le sien, Nicolas Sarkozy n'a pas pu fournir d'explication claire sur ce délai rapproché. Il a cependant estimé que son ministre délégué avait commis la même erreur que Claude Guéant en laissant Takieddine s'immiscer dans son programme officiel.

Les audiences se poursuivent avec trois jours supplémentaires programmés pour l'interrogatoire de l'ancien président sur les faits précis qui lui sont reprochés dans cette affaire complexe mêlant tragédie aérienne, relations internationales et financement politique.