Procès en appel de Samuel Paty : Émilie Frèche dénonce une offensive idéologique
Procès Samuel Paty : Émilie Frèche dénonce une offensive

Procès en appel des complices de Samuel Paty : une audience sous haute tension

En novembre 2024, l'autrice et réalisatrice Émilie Frèche a couvert, pour Le Point, le procès des huit personnes accusées d'avoir apporté leur concours à l'assassin de Samuel Paty. Elle en a tiré le récit Un séisme, disponible en librairies depuis le 2 février, une vaste somme de réflexions et d'observations sur cette mise à mort et les mécanismes qui l'ont rendue possible.

L'ouverture du procès en appel et les stratégies de la défense

Ce lundi s'est ouvert le procès en appel de quatre des accusés : Naïm Boudaoud et Azim Epsirkhanov, qui contestent leurs peines de seize ans d'emprisonnement ; Brahim Chnina, père de l'élève à l'origine de la fausse accusation contre Samuel Paty, condamné à treize ans de réclusion criminelle ; et Abdelhakim Sefrioui, prédicateur islamiste et fondateur du collectif Cheikh Yassine, considéré comme l'un des architectes de la cabale ayant exposé Samuel Paty, condamné à quinze ans de réclusion criminelle.

Une audience sous haute tension qui, selon Émilie Frèche, repose sur une crise des valeurs politiques et une fracture du tissu social. « Je suis frappée par la stratégie de la défense, notamment celle d'Abdelhakim Sefrioui, l'auteur de la cabale », explique-t-elle. « Ils assument une défense de rupture : ils prétendent que Samuel Paty discriminait ses élèves depuis trois ans, qu'il y avait eu un 'débat' au collège. Pour appuyer cela, ils instrumentalisent nos propres failles ».

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Le rôle central d'Abdelhakim Sefrioui et les dimensions antisémites

Abdelhakim Sefrioui, fondateur du collectif Cheikh Yassine, n'est pas un inconnu. Il a organisé dès les années 2010 des manifestations sauvages devant le Sénat, avec des banderoles du type « Hitler serait fier de vous ». Son nouvel avocat, Maître Francis Vuillemin, qui a débuté sa carrière en défendant Maurice Papon, ajoute une dimension symbolique lourde. « Le choix de Maître Vuillemin, associé à un passé aussi lourd, combiné à la rhétorique politique de Sefrioui, montre que ce procès dépasse la simple question pénale. C'est une offensive idéologique », souligne Émilie Frèche.

Le crime n'était pas antisémite, mais la galaxie qui entoure Sefrioui convoque des référentiels antisémites. Le collectif Cheikh Yassine, dissous depuis, était explicitement aligné sur la ligne du Hamas. « Pour ma part, je considère que le Hamas a déjà tué en France, en assassinant Samuel Paty à travers cette cabale », affirme l'autrice. Dans sa vidéo contre Samuel Paty, Sefrioui comparait Macron à un dirigeant qui préparerait un « Srebrenica » contre les musulmans, une stratégie d'intimidation fondée sur la peur.

La transformation du procès en procès de l'institution

La défense cherche clairement à transformer ce procès en procès de l'institution. Ils ont fait citer Laurent Nuñez et Éric Dupond-Moretti, déplaçant ainsi un procès pénal vers un procès politique. « Pourtant, l'examen des fautes de l'État existe déjà, dans un autre cadre : celui du Conseil d'État, pas celui d'une cour d'assises », rappelle Émilie Frèche. Elle ne minimise pas les défaillances de l'Éducation nationale, mais souligne que « cette lâcheté institutionnelle devient aujourd'hui une arme au service d'une stratégie islamiste ».

Sur le téléphone de Sefrioui, on retrouve des échanges avec une dizaine de hauts dignitaires du Hamas et des transferts d'argent via Western Union – environ 45 000 euros, selon les éléments du dossier. Un audio retrouvé sur le portable de la femme de Brahim Chnina révèle la stratégie : « une amie juriste explique qu'il ne faut surtout pas parler des caricatures, mais 'tout miser sur la discrimination'. C'est la matrice actuelle : utiliser les codes de l'anti-discrimination pour faire avancer un projet islamiste ».

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Les situations différentes des jeunes condamnés et la qualification juridique

Naïm Boudaoud, qui avait 18 ans au moment des faits, se trouve dans une situation bien différente. Isolé, en période de Covid, sans perspective, il a été manipulé par Azim Epsirkhanov. « Mon intime conviction est qu'il pensait assister à une bagarre », estime Émilie Frèche. La normalisation du fait religieux empêche d'identifier la rupture du pacte républicain, comme en témoigne sa réponse lors de l'audience sur le refus de serrer la main aux femmes.

La qualification d'« association de malfaiteurs terroriste » est interprétée très largement. Cette infraction suppose deux terroristes, or ni Sefrioui ni Chnina ne le sont juridiquement. « La cour dit qu'ils se sont 'associés à un contexte' : celui de Charlie Hebdo, de la republication des caricatures. Ils ont lancé une fatwa numérique. Ils ont été le cri, Anzorov le glaive ». C'est une jurisprudence nouvelle, très significative de notre époque.

Les réactions de la gauche et les inquiétudes pour les jeunes

Émilie Frèche critique vivement les réactions d'une certaine gauche autour de l'affaire Samuel Paty. « Parce que ce n'est plus la gauche. La gauche devrait défendre la liberté d'expression et mener une lutte réelle contre le racisme, avec des politiques concrètes », explique-t-elle. « Aujourd'hui, certains segments de la gauche servent objectivement les stratégies islamistes. C'est un reniement ».

Elle exprime également une inquiétude pour les jeunes, soulignant que « sous notre toit, ils peuvent être en lien direct avec des combattants, des complotistes, des harceleurs – la djihadosphère ». Et si nous ne retrouvons pas la clarté de nos principes, ce boomerang reviendra sans cesse nous frapper.

La famille de Samuel Paty vit ce procès en appel très difficilement. Avec sa sœur Mickaëlle, elles ont écrit Le cours de M. Paty pour contrer le narratif selon lequel il aurait discriminé ses élèves. « Aujourd'hui, entendre dire qu'il discriminait depuis trois ans est insupportable », conclut Émilie Frèche.