Le procès de la campagne de haine contre Samuel Paty se poursuit à Paris
La cour d'assises spéciale d'appel de Paris examine ce jeudi les deux instigateurs de la campagne de haine qui a ciblé Samuel Paty avant son assassinat par un jeune islamiste tchétchène. Brahim Chnina et Abdelhakim Sefrioui, rejugés depuis fin janvier aux côtés de deux amis du tueur, avaient été condamnés en première instance à respectivement 13 et 15 ans de réclusion criminelle.
Une fatwa numérique dénoncée par la justice
Le professeur d'histoire-géographie avait été assassiné le 16 octobre 2020 près de son collège de Conflans-Sainte-Honorine dans les Yvelines, après avoir montré des caricatures du prophète Mahomet lors d'un cours sur la liberté d'expression. La première cour d'assises avait décrit en 2024 les actions des accusés comme une véritable fatwa numérique.
Brahim Chnina, père d'élève âgé de 54 ans, et Abdelhakim Sefrioui, prédicateur islamiste de 66 ans, sont jugés pour association de malfaiteurs terroriste. Ils rejettent toute responsabilité dans le crime commis par Abdoullakh Anzorov, qu'ils affirment ne pas avoir connu personnellement.
La question centrale de la responsabilité
Le procès aborde une question cruciale pour la défense : peut-on être coupable d'association de malfaiteurs terroriste pour avoir participé à une campagne de haine conclue par un crime, sans avoir conscience d'un projet d'attentat spécifique et sans connaître son futur auteur ?
En première instance, la justice avait estimé indifférent que les accusés aient eu une connaissance précise du projet d'attentat. Selon le verdict, ils avaient sciemment accepté de s'associer à des individus susceptibles de commettre une infraction terroriste et étaient conscients que le risque de violences contre le professeur pouvait aller jusqu'à la mort.
Les faits à l'origine de la campagne
Tout est parti d'un mensonge : la fille de Brahim Chnina avait affirmé que son professeur avait demandé aux élèves musulmans de sortir de classe lors de la présentation des caricatures, alors qu'elle était absente ce jour-là. Sans vérifier, le père s'est emporté sur les réseaux sociaux le soir du 7 octobre, livrant l'identité et l'adresse du professeur.
Abdelhakim Sefrioui l'a contacté, et les deux hommes se sont retrouvés le lendemain devant le collège. Le soir même, Brahim Chnina postait sur YouTube une vidéo qui a été vue par Abdoullakh Anzorov. Ce dernier a inscrit le nom du professeur et l'adresse du collège sur son téléphone.
Les échanges se sont poursuivis :
- Anzorov a contacté brièvement Brahim Chnina par téléphone
- Il a remercié par message de son soutien
- Quelques textos ont été échangés les 10 et 13 octobre
Malgré la peur qui montait parmi les professeurs du collège, les deux accusés n'ont pas interrompu leur campagne.
Les témoignages et l'attente du verdict
À la barre, Mickaëlle Paty, sœur de la victime, a désigné les accusés comme les instigateurs d'une mécanique qui a conduit à l'assassinat de son frère. Elle a dénoncé une campagne d'infamie sur internet menée par des islamistes réclamant ni plus ni moins sa tête, affirmant que leur rôle avait été central, délibéré, mortel et causal.
Les accusés assurent aujourd'hui n'avoir jamais souhaité ou envisagé une issue criminelle à leurs diatribes. Abdelhakim Sefrioui souligne qu'il n'a jamais eu aucun contact avec le tueur. Cependant, la justice doit déterminer si leur participation à cette campagne de haine constitue bien une association de malfaiteurs terroriste.
Le verdict est attendu pour le 27 février, clôturant un procès qui examine les limites de la responsabilité pénale dans l'ère numérique et la lutte contre le terrorisme.