Le procès du meurtre d'Agnès Lassalle se poursuit à Pau
Alors que le procès pour assassinat du lycéen responsable de la mort d'Agnès Lassalle entre dans son deuxième jour devant la cour d'assises des mineurs des Pyrénées-Atlantiques, les témoignages des élèves et professeurs présents lors du drame ont marqué les audiences. Pour ces témoins, le souvenir de ce matin du 22 février 2023 reste profondément ancré dans leur mémoire.
Des témoignages chargés d'émotion
Quatre anciens élèves qui assistaient à la scène tragique, ainsi que deux professeurs de mathématiques ayant pris en charge l'adolescent de 16 ans et prodigué les premiers secours à l'enseignante, se sont succédé à la barre. Ces victimes oubliées de l'affaire ont évoqué, selon les avocats présents, avec une dignité remarquable l'instant traumatique qu'ils conservent en mémoire.
La matinée du 22 février 2023 semblait ordinaire sur la côte basque, avec un temps frais et des averses intermittentes. Dans la classe de seconde du lycée privé Saint-Thomas-d'Aquin à Saint-Jean-de-Luz, l'ambitude était studieuse. Agnès Lassalle, 53 ans, professeure d'espagnol dans l'établissement depuis 1997, décrite par son entourage comme travailleuse et rigoureuse, se consacrait pleinement à ses élèves.
Le déroulement des événements
L'un de ses élèves, Thomas (prénom modifié), présentait d'excellents résultats dans les matières scientifiques mais rencontrait des difficultés en espagnol. L'espagnol en tant que deuxième langue n'était visiblement pas son terrain d'excellence, a rapporté son avocat, Me Thierry Sagardoytho. Les enseignants ont pu le rassurer et lui dire que ce n'était pas grave, qu'il rebondirait dans d'autres matières. Pourquoi a-t-il fait une fixation sur cette matière ou son enseignante ? Ça nous échappe tous.
À 9h45, Thomas sort un couteau de 18 centimètres de son sac, se lève, verrouille la porte de la classe avant de se diriger vers sa professeure. Celle-ci se retourne, aperçoit l'arme et lève les bras dans un ultime réflexe de survie. L'adolescent lui assène alors un coup unique au niveau du cœur.
La question cruciale du mobile
La défense, représentée par Me Thierry Sagardoytho, soutient la thèse d'un état second de son client au moment des faits. Le professeur de mathématiques l'a désarmé sans aucune difficulté, ce qui illustre le profond désarroi dans lequel ce jeune homme se trouvait, a-t-il affirmé. Plusieurs élèves ont donné des éléments permettant de comprendre qu'en réalité, il était probablement dans un état second.
Cette interprétation est fermement rejetée par les avocats de la partie civile. Me Sébastien Binet a déclaré : Le mobile, aussi futile soit-il, existe. C'était un élève qui aimait être au contact des adultes, mais il n'arrivait pas à atteindre Agnès Lassalle car il ne parvenait pas à dialoguer avec elle au sujet de cet échec. Cela a créé en lui un stress et l'a renvoyé à une image dégradée.
Pour la défense, il n'existe aucune réponse rationnelle à cet acte. On a pu constater qu'Agnès Lassalle était une professionnelle de qualité, extrêmement attentive aux élèves en difficulté, a souligné Me Sagardoytho. Il aurait pu parfaitement lui réclamer des conseils. Il ne l'a pas fait. Il n'y a aucune raison objectivement à ce qu'il attente à la vie de cette professeure.
Le verdict de ce procès particulièrement suivi sera prononcé vendredi, mettant fin à des audiences qui ont profondément marqué la communauté éducative et judiciaire des Pyrénées-Atlantiques.



