Procès Jack Sion : des femmes racontent la manipulation du faux play-boy
Procès Jack Sion : des femmes témoignent de la manipulation

Publicité « Viols par surprise » : au procès Jack Sion, des femmes racontent la manipulation

Témoins et parties civiles se sont exprimés au deuxième jour du procès en appel de Jack Sion, le faux play-boy du Net.

Jack Sion a été reconnu coupable de « viols par surprise » par la cour criminelle de l’Hérault en 2021.

Le consentement peut-il exister lorsqu’il est obtenu à travers une identité fictive et soigneusement construite ? C’est l’une des questions à laquelle la cour d’assises des Alpes-Maritimes devra répondre lorsqu’elle se retirera, le vendredi 15 mai, pour juger Jack Sion coupable ou non, de « viols par surprise ». Au deuxième jour du procès en appel de l’accusé âgé de 79 ans, trois femmes ont témoigné à la barre. Deux d’entre elles se sont constituées parties civiles. Toutes relatent la même mécanique : une rencontre sur un site Internet, suivie de mois d’échanges avec un homme d’une trentaine d’années, séduisant, designer à Monaco se présentant sous le nom d’« Anthony Laroche », avant une rencontre organisée dans l’obscurité, sous bandeau, parfois les mains liées, qui se terminait par la découverte brutale de la véritable identité de celui qu’elles avaient hâte de rencontrer.

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« J’avais envie d’y croire »

La première témoin, Sandra, aujourd’hui âgée de 45 ans, est revenue sur des faits remontant à 2009. À l’époque, elle traverse une période de grande fragilité psychologique lorsqu’elle rencontre en ligne « Anthony Laroche » le magnifique. Pendant près de deux mois, les échanges s’intensifient. L’Apollon blond aux yeux bleus et au corps de rêve qui n’a pas oublié d’être cultivé se montre attentif, rassurant, valorisant. Comme il le sera avec les autres. D’ailleurs, il l’a confié lui-même à l’expert psychiatre Patrick Saget, il estimait « donner des vies à ces femmes ». « Il m’a vendu de l’espoir, il m’a manipulée, profité de ma faiblesse », raconte Sandra en visio. Le premier rendez-vous est fixé le 29 mai 2009, à Nice, avenue de Montréal, où vivait alors Jack Sion. Lorsqu’elle arrive sur place, la nuit tombe déjà. Sur la sonnette, le nom « Anthony Laroche » apparaît bien. « Pour moi, c’était impossible que quelqu’un mette en place un tel stratagème », explique-t-elle. L’appartement est plongé dans la pénombre. Elle tente d’allumer la lumière, sans succès. « On va s’amuser », lui lance l’homme qui insiste pour qu’elle entre. Après la relation sexuelle, elle découvre enfin le visage de celui qu’elle considère comme un imposteur. « J’étais parfaitement écœurée », souffle-t-elle. À la présidente Anne-Valérie Lablanche qui lui demande si elle a eu des doutes sur les photographies reçues, Sandra répond : « Il disait que sa webcam ne fonctionnait pas. Il m’envoyait toujours des photos de la même personne. Et moi, j’avais envie d’y croire. »

Une marque indélébile

Les deux parties civiles entendues ensuite décrivent un mode opératoire quasiment identique. En 2014, Camille sort d’une relation difficile, lorsqu’elle fait la connaissance d’Anthony Laroche sur Internet. « Il me rassure, très à l’écoute », explique-t-elle. « Il disait vouloir fonder une famille et se poser. » Le rendez-vous est fixé au 21 juin 2014, soir de la Fête de la musique. Avant son arrivée, l’homme lui impose selon elle un scénario calqué sur le roman érotique 50 nuances de Grey censé rendre leur rencontre « inoubliable ». En entrant dans l’appartement situé sur la Prom’, la jeune femme perçoit une décoration « très chargée » et une « odeur de renfermé », loin de l’image qu’elle s’était construite. Mais elle continue de faire confiance à celui qu’elle croit connaître. Alors qu’elle a les mains liées pour qu’elle ne puisse pas le toucher, ils couchent ensemble et rebelote, lorsque le bandeau tombe enfin, elle découvre « un homme bedonnant ». Camille prend ses jambes à son cou. Elle mettra des années à se reconstruire.

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« Ne pars pas, je vais te faire des pâtes »

La seconde partie civile décrit, elle aussi, une période de grande vulnérabilité lorsqu’Anthony Laroche entre en contact avec elle. « J’étais fragile, désabusée et déçue des hommes », confie Amandine. L’homme l’appelle presque tous les jours, souvent entre midi et deux. Il lui parle de cinéma, évoque 50 nuances de Grey, réclame progressivement des photographies de plus en plus intimes. « Pour moi, il y avait une relation, des sentiments qui naissaient », dit-elle. En mars 2015, la rencontre a finalement lieu. « Je voyais bien que ce n’était pas normal, mais je ne sais pas… mon corps obéissait », lâche-t-elle entre deux sanglots. À un moment, elle retire son bandeau, allume la lumière et découvre « cette personne au bord du lit ». Alors qu’elle n’a qu’une envie, quitter cet endroit, Jack Sion lui lance pour la retenir : « Ne pars pas, je vais te faire des pâtes ». Au fil des témoignages, un même mot revient sans cesse : « rassurant ». Toutes décrivent un homme patient, attentif, capable d’installer un climat de confiance sans faille. Toutes assurent également qu’elles n’auraient jamais accepté de relation sexuelle avec Jack Sion. Ce qu’elles ont accordé, c’était à Anthony Laroche et à lui seul.