Procès d'un féminicide à Nice : face à face déchirant entre les enfants et l'accusé
L'atmosphère était électrique ce lundi 6 avril 2026 dans la salle d'audience de la cour d'assises des Alpes-Maritimes à Nice. Pour la première journée du procès de K. El Haddad, âgé de 65 ans, accusé d'avoir assassiné son ex-compagne Lisa Toupenet, la cour s'est concentrée sur la personnalité complexe du prévenu. Un face à face particulièrement tendu a opposé les quatre enfants de la victime à celui qui fut leur père ou beau-père.
« On n'en veut pas de tes larmes » : le rejet des enfants
Dans le box des accusés, K. El Haddad s'est effondré en larmes, les mains jointes, implorant le pardon de ses enfants. « Je demande pardon à mes enfants. Je n'ai jamais eu l'intention de faire quoi que ce soit à ma femme. Je n'ai jamais prémédité quoi que ce soit », a-t-il déclaré, la voix brisée par l'émotion.
Des paroles immédiatement rejetées par sa fille Inès, qui lui a lancé avec une colère contenue : « On n'en veut pas de tes larmes ». Plus tard, Ryan, le plus jeune des enfants, a tranché définitivement : « Je ne suis pas ton fils ». Ces déclarations témoignent d'une rupture familiale qui semble désormais irrémédiable.
Le drame du 1er janvier 2022
Le président Ludovic Leclerc a interrogé l'accusé sur les circonstances du drame. Après un dîner avec Lisa Toupenet dans son appartement du boulevard de La Madeleine à Nice, K. El Haddad l'a étranglée avant de dissimuler son corps dans la voiture du fils de la victime, issu d'une précédente union.
L'accusé, qui s'était rendu de lui-même pour avouer son crime, a cédé à la détresse lors de l'audience : « Je suis prêt pour la guillotine, il faut me couper la tête, je n'en peux plus, c'est trop ». Une déclaration qui a conduit le président à suspendre temporairement l'audience.
Une double personnalité dévoilée
L'enquête de personnalité a révélé un homme aux facettes contradictoires. Décrit par l'un de ses fils comme « colérique et violent », K. El Haddad présentait pourtant à l'extérieur l'image d'un commerçant jovial et serviable.
Son histoire avec Lisa Toupenet avait débuté en l'an 2000. Marié et père de trois enfants, il avait tout quitté pour vivre avec elle et ses deux garçons qu'il considérait comme les siens. Deux enfants, Inès et Ryan, étaient nés de cette union. Mais avec les années, la relation s'était détériorée jusqu'à la rupture en avril 2021.
Une victime sous pression
Plusieurs témoignages ont contredit la version de l'accusé, qui qualifiait la séparation de « fictive » et décrivait une relation qui perdurait en secret. Les enquêteurs ont plutôt découvert une victime fragilisée, vivant sous pression.
Lors d'un séjour en hôpital psychiatrique en juillet 2021, après une prise de médicaments qui aurait pu lui coûter la vie, Lisa Toupenet avait confié : « Soit je le quitte et il me tue. Soit je reste et je me suicide ». Une déclaration glaçante qui témoignait de l'emprise exercée sur elle.
La quadragénaire entretenait depuis trois ans une relation extraconjugale, une réalité que l'accusé semble avoir vécue comme une trahison insupportable lorsqu'il a senti que celle qu'il aimait lui échappait définitivement.
L'analyse de l'expert psychologue
À la barre, l'expert psychologue Danny Borgogno s'est montré sceptique face aux explications de l'accusé. « À l'amnésie psychique, j'y crois peu », a-t-il affirmé, pointant un récit incomplet qui évite soigneusement le moment du passage à l'acte.
Selon le psychologue, le mécanisme est tristement classique : jalousie, frustration, sentiment d'abandon. « Dans 99,9 % des cas, les féminicides sont le fruit de ces émotions », a-t-il expliqué, évoquant « une atteinte narcissique majeure ».
Lors de son expertise en octobre 2022, K. El Haddad rejetait déjà la responsabilité sur la victime : « C'est elle qui m'a amené à cette situation ». Une posture qui s'inscrit dans un schéma bien connu, marqué par l'absence de remise en question.
La question de la préméditation
L'accusé a-t-il prémédité son geste ? Cette question cruciale occupera les débats des prochaines audiences. Les jurés ont jusqu'au 10 avril pour se forger leur intime conviction sur ce féminicide qui a bouleversé la ville de Nice.
Le procès se poursuit dans une atmosphère chargée d'émotion, où la douleur des enfants de la victime fait écho aux contradictions de l'accusé, partagé entre ses déclarations de remords et son incapacité à assumer pleinement la responsabilité de son acte.



