Ce lundi 15 juin, la cour d’assises du Gard a rouvert le dossier du meurtre de Maggy, tuée de trente-deux coups de couteau par son compagnon à Carcassonne le 25 juillet 2022. L’accusé, Pierre Quistrebert, 65 ans, avait été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité en première instance par la cour d’assises du Vaucluse. Il a fait appel, contestant la préméditation du crime.
Les faits du 25 juillet 2022
Le président de la cour, Christian Pasta, a détaillé la journée du drame. Ce jour-là, le sexagénaire s’est rendu sur le parking du lieu de travail de Maggy pour, selon ses dires, « lui mettre la pression pour obtenir la vérité ». Convaincu depuis plusieurs mois que sa compagne le trompait, il avait même acheté un traceur GPS pour suivre ses déplacements. Les images de vidéosurveillance montrent l’accusé surgir dans l’habitacle de la voiture de la victime. La scène a duré 39 secondes selon les enquêteurs, 55 selon la défense. Un collègue de Maggy a tenté d’intervenir, sans succès. La victime a reçu 32 coups de couteau, dont « dix plaies pénétrantes » selon le docteur Benslima, témoignant d’une force significative. À l’arrivée des secours, il était déjà trop tard.
La personnalité de l’accusé
Pour comprendre le passage à l’acte, la cour s’est penchée sur la personnalité de Pierre Quistrebert. Les experts ont décrit une enfance « chaotique », marquée par l’absence du père et une mère peu démonstrative. Ces « carences affectives » auraient favorisé un narcissisme et une peur de l’abandon. Selon le psychiatre, la séparation envisagée par Maggy était « inconcevable » pour l’accusé. Le risque de récidive est évalué à « modéré ».
Les proches ont dressé un portrait contrasté : sociable et brave lorsqu’il était sobre, mais « incontrôlable » et « colérique » après avoir bu. Plusieurs témoins ont évoqué des épisodes où il s’était montré menaçant avec un couteau. Dans le box, l’accusé a hoché la tête en signe de contestation.
La question centrale de la préméditation
Les débats se sont concentrés sur la préméditation. Initialement, l’accusé a affirmé avoir pris un couteau au domicile de la victime. Il est ensuite revenu sur ses déclarations, assurant que l’arme se trouvait déjà dans le véhicule, ce qui exclurait une préméditation. Cependant, plusieurs témoignages contredisent cette version. Le matin du drame, une violente altercation a éclaté entre le couple, et le sexagénaire aurait menacé de mort sa compagne. Les gendarmes étaient intervenus mais n’avaient pas jugé nécessaire de l’interpeller. L’accusé conteste ces menaces, affirmant qu’il voulait avant tout mettre fin à ses jours. Des lettres d’adieu ont été retrouvées au domicile de Maggy. Après les faits, il a tenté de se suicider avec un pistolet, mais la première munition était placée à l’envers et chargée à blanc.
« En aucun cas je n’ai prémédité ce drame. Si j’avais voulu le préméditer, je ne serais pas allé sur un parking où il y a du monde », a insisté l’accusé. Il invoque une altération de son discernement due à l’alcool. Son avocat, Me David Curiel, a rappelé que dans certains dossiers, la consommation de toxiques peut conduire à reconnaître une altération du jugement. L’expert psychiatre a toutefois nuancé : « Pas dans ce cas précis. »
Le procès se poursuit ce mardi 16 juin avec les témoignages des proches de la victime et l’interrogatoire de l’accusé.



