Procès Effie à Pau : les parents s'accusent mutuellement, les familles et experts dévoilent leurs personnalités
Procès Effie à Pau : parents s'accusent, familles et experts témoignent

Procès de la mort d'Effie à Pau : un deuxième jour marqué par les témoignages familiaux et les analyses psychologiques

Ce jeudi 12 février, le deuxième jour du procès devant la cour d'assises de Pau a été consacré à l'évocation des personnalités de Samuel, 24 ans, et Mairi, 21 ans, jugés pour avoir violenté leur fille Effie jusqu'à sa mort à seulement deux mois. Les deux parents campent fermement sur leurs positions, s'accusant mutuellement des actes ayant conduit au décès de l'enfant le 18 janvier 2023, des suites de traumatismes crâniens et de multiples blessures volontaires.

Des familles divisées et des témoignages contradictoires

Interrogées dans la matinée, les familles des accusés ont chacune défendu leur proche avec des récits divergents. La famille de Samuel a rapporté avoir été témoin de gestes un peu brusques de sa part envers le bébé, mais rien qu'elle n'aurait qualifié de véritable violence. À l'inverse, elle a décrit Mairi comme "détachée", avec "peu d'instinct maternel" et "s'occupant peu de sa fille". Pour sa défense, Mairi affirme que Samuel ne la laissait pas s'occuper d'Effie, déclarant : "Il ne voulait pas que je la prenne dans les bras".

Une cohabitation insalubre et un isolement inquiétant

Pendant deux mois, le couple a vécu avec le bébé dans une chambre de 10 m² chez la mère de Mairi à Hendaye, une pièce décrite comme insalubre. C'est dans cet espace confiné que la petite Effie a subi les maltraitances. La mère de Mairi, invitée à témoigner, a avoué n'avoir rien vu de concret, expliquant : "Ils étaient complètement isolés. Il la contrôlait complètement. Je ne pouvais pas parler avec ma fille. Elle était 24 heures sur 24 avec lui, enfermée dans la chambre. Je ne pouvais rien dire, elle était complètement amoureuse de lui".

Elle a évoqué un phénomène d'emprise, bien que le psychiatre ayant reçu le couple en détention ait réfuté ce terme, estimant plutôt que "l'amour de Mairi pour Samuel était plus fort que celui pour sa fille". La grand-mère n'est jamais entrée dans la chambre et n'a constaté qu'un seul bleu sur le bébé, sans pouvoir intervenir davantage face aux menaces de Samuel par message, où il écrivait : "Tu cherches quoi à ce que je te tombe dessus et que je t'en mette plein la gueule ?".

Une alerte tardive et des regrets amers

Face à la cohabitation devenue intenable et aux pleurs incessants de sa petite-fille, la mère de Mairi a alerté les services sociaux le 7 janvier, mais sans mentionner de violences, par crainte que l'enfant ne soit placé. À la barre, elle a pleuré en déclarant : "Je n'ai rien dit car je n'ai rien vu. Je savais bien que quelque chose n'allait pas mais je ne pouvais pas comprendre, je ne pouvais pas imaginer qu'on puisse s'en prendre comme ça à un enfant. Si j'avais su que le bébé avait eu mal j'aurais fait quelque chose de plus".

Des adolescences difficiles et des profils psychologiques complexes

Les expertises psychologiques et psychiatriques ont retracé des adolescences désastreuses pour les deux accusés. Mairi avait des tendances suicidaires et se scarifiait dès 13 ans après avoir été victime de harcèlement scolaire et d'une agression sexuelle, avec deux hospitalisations en psychiatrie. Samuel a été mis à la porte par son père autoritaire à 15 ans, dormant parfois dans la rue.

La psychologue Claire De Giacinto a analysé que "Samuel est dans une quête affective auprès de son père, qui l'a dénigré", notant une tendance à "la déresponsabilisation" et à la "banalisation", avec des incohérences dans son discours et une "faible sensibilité au vécu d'autrui". Pour Mairi, elle évoque un mécanisme de "dissociation" et une personnalité "dépendante", cohérente avec son sentiment d'être contrôlée par Samuel.

Un verdict attendu dans un climat d'incertitude

À ce stade, les juges et jurés disposent de peu d'éléments pour déterminer qui est le plus responsable entre les deux parents. L'avocate générale Caroline Parizel a souligné que la présence du père de Samuel à l'audience pourrait expliquer pourquoi l'accusé "nie tout en bloc", par peur de perdre son estime. La question du contrôle coercitif a été effleurée mais peu démontrée, laissant planer le doute sur qui ment ou dit la vérité. Le verdict est attendu ce vendredi 13 février, clôturant un procès poignant sur la mort tragique d'Effie.