Le Pnaco, nouveau parquet anticriminalité organisée, démarre en trombe avec des affaires retentissantes
Pnaco : le nouveau parquet anticriminalité organisée démarre fort

Le Pnaco, fer de lance judiciaire contre la criminalité organisée, affiche un démarrage fulgurant

Trois mois seulement après son installation officielle le 5 janvier 2026 au tribunal judiciaire de Paris, le nouveau Parquet national anticriminalité organisée (Pnaco) démontre une activité soutenue et retentissante. Cette structure judiciaire spécialisée, placée sous l'autorité hiérarchique de la procureure générale de Paris, Marie-Suzanne Le Quéau, et dirigée par la procureure nationale Vanessa Perrée, opère un démarrage sur les chapeaux de roues avec plusieurs affaires d'envergure.

Des premières affaires qui marquent les esprits

Le Pnaco s'est immédiatement illustré par le traitement de dossiers sensibles qui défraient la chronique judiciaire. L'opération « Octopus » a conduit à 42 interpellations et 33 mises en examen visant la DZ Mafia dans le cadre d'un vaste coup de filet contre le narcotrafic. Parallèlement, le chanteur Gims a été mis en examen pour blanchiment aggravé en bande organisée, une affaire liée à un programme immobilier de luxe à Marrakech. Enfin, cinq hommes ont été placés en détention dans l'enquête sur l'assassinat de Mehdi Kessaci, frère d'Amine Kessaci, militant marseillais engagé dans la lutte contre le trafic de stupéfiants.

Une évolution institutionnelle majeure

Dans un entretien exclusif, Marie-Suzanne Le Quéau insiste sur la nature profonde de cette création : « La création du Parquet national anticriminalité organisée marque une évolution juridique et institutionnelle majeure de l'action publique, face à la très grande criminalité. Elle ne procède ni d'un changement de dénomination, ni d'un simple ajustement administratif, mais de la mise en place d'un parquet national autonome, doté de prérogatives législatives nouvelles. »

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Le Pnaco succède à la Juridiction nationale de lutte contre la criminalité organisée (Junalco), créée en 2019, mais avec des compétences élargies et un statut renforcé. Ce nouveau parquet dispose désormais du pouvoir de déterminer lui-même les affaires relevant du haut du spectre criminel et d'imposer le dessaisissement d'un parquet local ou d'une juridiction interrégionale spécialisée (Jirs) lorsque les enjeux le justifient.

Un champ d'action large et des moyens spécifiques

Contrairement à une idée reçue, le Pnaco ne se concentrera pas exclusivement sur la lutte contre le narcotrafic. Il a hérité de 170 dossiers de la Junalco, dont des affaires aussi sensibles que l'évasion de Mohamed Amra ou l'assassinat d'Alain Orsoni en Corse. Sa compétence s'étend à l'ensemble des dossiers d'une très grande complexité, notion précisée par la loi du 13 juin 2025 qui prend en compte la gravité des infractions, le nombre d'auteurs ou de victimes, et l'étendue géographique des faits.

Le parquet dispose d'outils juridiques renforcés, notamment le nouveau statut des collaborateurs de justice (repentis) et la nouvelle infraction de participation à une organisation criminelle. Il rassemble seize magistrats spécialisés, possédant une connaissance approfondie des organisations criminelles, des techniques d'enquête spéciales et une pratique avérée des relations internationales.

Coordination et complémentarité avec les autres acteurs judiciaires

Face aux craintes de conflits de compétences ou de concurrence avec d'autres parquets nationaux, Marie-Suzanne Le Quéau apporte des précisions rassurantes : « Le Pnaco se concentre sur le haut du spectre, dont la partie la plus visible est le narcotrafic, en ciblant les commanditaires et ceux qui organisent l'acheminement des produits. Les juridictions interrégionales spécialisées orientent leur action vers les réseaux intermédiaires, tandis que les juridictions de droit commun accentuent leur lutte contre les trafics locaux. »

La procureure générale insiste sur la complémentarité avec le Parquet national financier (PNF) : « Le Pnaco a vocation à être saisi des infractions relevant de la criminalité organisée et des flux financiers qui en résultent. Le PNF lutte contre une délinquance économique et financière très complexe dont les auteurs présumés ne relèvent pas des organisations criminelles traitées par le Pnaco. »

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Des effectifs en croissance et une feuille de route claire

Pour éviter tout ralentissement dans le traitement des dossiers hérités, huit des seize magistrats du Pnaco viennent directement de la Junalco et connaissent déjà les affaires transférées. Dès septembre 2026, le parquet disposera de dix magistrats supplémentaires, portant ses effectifs à vingt-six, avec un objectif de trente magistrats à l'horizon 2027, soit l'équivalent des effectifs du Parquet national antiterroriste.

Marie-Suzanne Le Quéau a adressé une lettre de mission à Vanessa Perrée pour fixer une feuille de route précise : « Comme l'ensemble de nos concitoyens, j'attends avant tout des résultats. J'ai demandé à la nouvelle procureure nationale de se concentrer sur des objectifs clairs : coordonner l'action judiciaire, intensifier la lutte contre les flux financiers illicites, et renforcer la coopération internationale. »

La procureure générale conclut en rappelant l'importance d'un équilibre judiciaire : « Un équilibre doit s'opérer avec la justice du quotidien qui présente de forts enjeux pour nos concitoyens et ne doit pas être sacrifiée. Nous y veillons scrupuleusement. » Le Pnaco s'inscrit ainsi dans une architecture judiciaire repensée pour faire face aux défis contemporains de la criminalité organisée.