Plaider-coupable pour crimes : France Victimes 34 dénonce une "mission impossible" pour les victimes
Plaider-coupable pour crimes : une "mission impossible" pour les victimes

Plaider-coupable pour crimes : France Victimes 34 dénonce une "mission impossible" pour les victimes

La réforme de la justice criminelle suscite de vives inquiétudes au sein de l'association France Victimes 34, structure agréée par le ministère de la Justice. Alors que les avocats se mobilisent contre ce projet de loi, la présidente départementale Roselyne Leplant-Duplouy alerte sur les conséquences dramatiques d'un plaider-coupable pour les faits criminels.

Un temps d'expression sacrifié pour les victimes

"Leur annoncer que leur dossier va faire l'objet d'une telle procédure, c'est mission impossible", déclare Roselyne Leplant-Duplouy avec gravité. L'association prend en charge dans 40% des cas des personnes ayant subi des violences conjugales ou sexuelles, pour qui le cheminement vers le procès représente une étape cruciale.

La présidente insiste sur l'importance du temps nécessaire aux victimes pour s'exprimer pleinement. "Il faut du temps à la victime pour s'exprimer. C'est ce temps-là qu'on va sacrifier avec la procédure du plaider-coupable", déplore-t-elle, soulignant que l'audience devant le tribunal apporte un apaisement et une reconnaissance essentiels.

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La parole comme instrument de reconstruction

Me Iris Christol, porte-parole du mouvement des avocats du Barreau de Montpellier, abonde dans ce sens : "Prendre la parole à l'audience est un soulagement. La victime reprend la main, redevient un sujet. Le procès remet chacun à la bonne place."

Me Sylvie Bar, bâtonnière du Barreau de Béziers, renchérit en expliquant l'importance fondamentale de la parole dans les infractions qui réduisent au silence : "Je n'ai jamais vu de victime mutique à la barre. Car en parlant, elle récupère ses droits. Au troisième jour d'un procès, on voit une transformation même physique chez la victime."

Une remise en cause de l'accompagnement des victimes

Roselyne Leplant-Duplouy voit dans cette réforme une menace pour la raison d'être même de France Victimes 34. L'association, fondée il y a 43 ans et à l'origine du mouvement national d'aide aux victimes, examine notamment la nécessité de mettre en place des dispositifs de protection comme le bracelet anti-rapprochement ou le téléphone "grave danger".

"Aurons-nous le même nombre de cas à examiner si cette réforme est adoptée ?", s'interroge la présidente, rappelant que c'est Robert Badinter qui a porté leur action. Elle craint également une généralisation progressive de la procédure de plaider-coupable si elle venait à être mise en œuvre.

Des traditions judiciaires menacées

Me Sylvie Bar met en garde contre l'impact symbolique de cette réforme : "La France est un pays porteur de grandes valeurs. Nous allons être regardés si ce texte passe, car il est à l'opposé de nos traditions." Elle cite Robert Badinter qui distinguait entre "être le pays des droits de l'homme et celui de la Déclaration des droits de l'homme".

Les professionnels de l'accompagnement des victimes et les avocats s'unissent ainsi pour défendre un modèle de justice qui accorde une place centrale à la parole des victimes et à leur reconstruction, particulièrement dans les affaires de violences conjugales et sexuelles où le processus judiciaire représente souvent une étape cruciale vers la guérison.

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