Parents d'Angela réclament un procès en France pour le double féminicide
Parents d'Angela exigent un procès en France

Pour la première fois depuis la mort de leur fille Angela, survenue fin mars, ses parents ont choisi de prendre la parole. Ce lundi, devant une nuée de caméras réunies à Rodez, Émilie Schipper et Jérôme Legobien-Cadillac ont réclamé d'une même voix que Cédric Prizzon soit jugé en France, et non au Portugal, où il encourt jusqu'à 25 ans de réclusion pour le double féminicide.

Une demande unanime des parents

Il y avait beaucoup de caméras, ce lundi matin, et beaucoup de journalistes. Deux parents, séparés dans la vie, étaient assis côte à côte. Émilie Schipper et Jérôme Legobien-Cadillac ont choisi de parler ensemble pour la première fois depuis la mort de leur fille Angela. Après trois mois de silence et d'apprentissage des événements par la presse, ils ont décidé que cela suffisait. Leur objectif : exiger que Cédric Prizzon soit jugé en France, pas au Portugal, pas dans une langue qu'ils ne comprennent pas, pour un crime qui a commencé ici, en Aveyron.

La cour d'appel de Coimbra a refusé d'exécuter le mandat d'arrêt européen, sans véritablement rapporter la preuve que les crimes ont été commis sur son sol. « On ne se base que sur ses déclarations en fait et c'est un manipulateur », dénoncent les avocats, Me Elsa Cazor et Me Cédric Galandrin, qui jugent la situation « intenable, inexplicable ». Le père résume : « On a l'impression que tout le monde s'en fout, que l'on nous oublie, le Portugal fait ce qu'il veut. »

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Les derniers jours d'Angela

Le mardi 17 mars, Angela avait appelé sa mère pour lui dire qu'elle partait quelques jours dans les Alpes avec Cédric. Rien d'alarmant. Trois jours avant, elle avait adopté un chien. Quinze jours avant, elle avait récupéré un meuble. Elle venait de passer l'anniversaire de ses 26 ans. Les gens qui s'apprêtent à disparaître ne font pas cela. Le mercredi 19, à 16 h 30, son téléphone s'est coupé. Plus personne n'a eu de nouvelles. La suite, ils l'ont apprise comme tout le monde, par les journaux : les deux corps retrouvés, enterrés dans la serra da Nogueira, au nord-est du Portugal. « Les gendarmes nous ont appelés mais c'était déjà annoncé par la presse… »

De la justice portugaise, pas un appel, pas un courrier. L'acte de décès indiquait : date de la mort inconnue, lieu inconnu. « On ne sait pas comment elle est morte. On ne sait pas où. On ne connaît même pas la date de son décès. » Trois mois après, les parents n'ont presque rien. Et Prizzon, lui, a trouvé le moyen d'écrire à la mère d'Angela depuis sa cellule. « Tout repose sur sa seule version. On en appelle au garde des Sceaux, Gérald Darmanin, au ministre de l'Intérieur, à tous les politiques, les diplomates, l'État français : faites en sorte que ce meurtrier revienne et soit jugé ici. »

Une peine maximale de 25 ans au Portugal

Car il y a aussi une autre réalité, brutale. Au Portugal, la peine maximale est de 25 ans. Pas de perpétuité. Une fois sa peine purgée là-bas, Prizzon pourrait demander à la terminer en France avec une possible réduction à la clé. « C'est un très mauvais signal. Il suffit de commettre un crime au Portugal, risquer moins qu'ici, puis revenir en France avec toutes les remises de peine. Sortir dans quoi, 15 ans ? Comment accepter ça ? Nous, on a pris perpétuité. Ce que fait le Portugal, c'est dégueulasse, c'est honteux. On en vient à leur demander de la pitié. Voilà à quoi nous sommes rendus. » Puis, la voix posée : « On veut avoir cet homme, ce monstre, à trois mètres de nous dans le box des accusés du tribunal de Rodez. On ne se contentera pas de son explication où il dit qu'il n'avait pas le choix… S'il est jugé là-bas, il aura gagné. »

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Le portrait d'Angela par sa mère

Angela, sa mère la décrit simplement : « Une fille adorable. Une maman adorable. Elle aimait les animaux, la nature. Toujours gentille. Naïve. Très amoureuse. » De lui. De Cédric Prizzon, que sa fille considérait comme « l'homme parfait ». Émilie Schipper savait qu'il n'était pas un enfant de chœur, mais pas ça. Jamais ça. « Je pense que quand elle a vu la situation, avec Audrey ligotée, bâillonnée, elle a refusé. Elle n'était pas d'accord. C'est pour ça qu'elle est morte. » Elle avait 26 ans. Une fille de 18 mois. Émilie Schipper et Jérôme Legobien-Cadillac marquent une pause, émus : « Elle ne méritait pas ça, on n'aurait jamais pensé à cela… Depuis, on survit pour nos autres enfants. »