L'Élysée oppose l'article 67 de la Constitution aux enquêteurs du Parquet national financier
Dans une affaire qui secoue les cercles judiciaires et politiques, les enquêteurs et magistrats du Parquet national financier chargés d'investigations sur l'attribution des cérémonies d'entrée au Panthéon se sont vus refuser l'accès au palais présidentiel ce mardi. Le procureur de la République financier, Pascal Prache, a confirmé cette information dans un communiqué officiel, précisant que l'Élysée a invoqué l'article 67 de la Constitution pour justifier ce refus.
Le fondement juridique du refus présidentiel
Selon les précisions apportées par le procureur Prache, l'administration présidentielle a fait valoir que l'article 67 entraînait « l'inviolabilité des locaux rattachés à la présidence de la République ». Cet article constitutionnel dispose en effet que le Président de la République n'est pas responsable des actes accomplis dans l'exercice de ses fonctions, et qu'il ne peut faire l'objet d'actions judiciaires durant son mandat.
Le texte précise notamment : « Il ne peut, durant son mandat et devant aucune juridiction ou autorité administrative française, être requis de témoigner non plus que faire l'objet d'une action, d'un acte d'information, d'instruction ou de poursuite. » Cette disposition constitutionnelle crée ainsi un bouclier juridique temporaire autour du chef de l'État et de ses services.
Une enquête sur des contrats de panthéonisation à 2 millions d'euros
Les investigations des enquêteurs financiers portent sur les conditions d'attribution des cérémonies d'entrée au Panthéon à la société Shortcut Events, qui organise ces événements depuis 22 ans. Selon les informations révélées par le Canard Enchaîné et confirmées par l'AFP, chaque panthéonisation aurait été facturée à l'État « autour de 2 millions d'euros ».
Les enquêteurs de la brigade financière et anticorruption de la police judiciaire de Paris, née de la fusion en juin dernier de la brigade de la répression de la délinquance économique et de la brigade financière, se sont présentés mardi matin à l'Élysée pour mener à bien leurs investigations. Leur objectif était d'éclaircir les modalités de sélection de cette entreprise et les conditions financières de ces contrats répétés sur plus de deux décennies.
Les implications politiques et judiciaires de ce blocage
Cette affaire soulève des questions importantes sur :
- La transparence des dépenses publiques liées aux cérémonies nationales
- L'équilibre entre les prérogatives présidentielles et le contrôle judiciaire
- Les mécanismes d'attribution des marchés publics pour les événements d'État
- La continuité des relations contractuelles avec un même prestataire sur 22 ans
Le refus d'accès opposé aux enquêteurs financiers intervient dans un contexte où la société Shortcut Events a organisé de nombreuses cérémonies d'entrée au Panthéon, dont celle de Robert Badinter dont le portrait ornait encore récemment la façade du monument parisien. Les magistrats du Parquet national financier devront maintenant déterminer comment poursuivre leurs investigations malgré ce blocage institutionnel, alors que les questions sur la gestion de ces contrats publics demeurent entières.



