Un ostéopathe jugé pour des violences sexuelles sur 29 patientes à Strasbourg
Le procès de Pierre Garitte, un ostéopathe de 37 ans, s'est ouvert ce lundi 1er juin 2026 devant la cour criminelle du Bas-Rhin à Strasbourg. Il est accusé de viols et d'agressions sexuelles sur 29 de ses patientes, des faits commis entre 2014 et 2020. L'accusé exerçait à Eschau, une banlieue aisée au sud de Strasbourg.
Selon l'acte d'accusation, Pierre Garitte est renvoyé pour des viols sur huit patientes et des agressions sexuelles sur 21 autres, « commis par une personne abusant de l'autorité que lui confère sa fonction ». Le procès, qui doit durer jusqu'au 12 juin, débutera par des questions de procédure, le fond étant examiné à partir de mardi.
Des gestes interdits par la profession
Les 29 patientes, dont 23 se sont constituées parties civiles, accusent le praticien de leur avoir touché les parties intimes lors de consultations. Or, tout toucher « interne » est proscrit dans l'ostéopathie, une pratique de soins non conventionnelle, comme l'a rappelé Philippe Sterlingot, porte-parole de l'Unité pour l'ostéopathie, à l'AFP.
En garde à vue, Pierre Garitte a d'abord affirmé s'être limité à des « points de pression dans la zone du périnée », avant de reconnaître les gestes reprochés, mais en niant toute intention sexuelle, selon une source proche du dossier. Placé sous contrôle judiciaire, il a interdiction d'exercer son métier. Son avocat, Yves Sauvayre, a déclaré qu'il défendrait son innocence et que ses actes n'avaient aucun caractère sexuel.
Une enquête déclenchée par une plainte en 2020
Bien que la première plainte remonte à 2018, l'enquête n'a réellement débuté qu'avec la plainte pour viol d'une patiente en octobre 2020. En examinant le répertoire de patientes du praticien, les enquêteurs ont identifié d'autres femmes témoignant d'actes répréhensibles.
« Cette affaire révèle une violence profonde : ces femmes ont remis leur corps à un soignant parce qu'elles pensaient que leur vulnérabilité serait protégée par l'éthique même du soin. Et c'est justement cette confiance thérapeutique qui sera au cœur des débats », a déclaré Sendegul Aras, avocate de six parties civiles.
Un tabou qui se lève progressivement
Voir un professionnel de santé jugé pour des violences sexuelles est encore rare, mais le tabou se lève depuis une dizaine d'années, selon Emmanuelle Piet, présidente du Collectif féministe contre le viol. Les professionnels de santé sont mieux formés à recueillir le consentement, et les patientes dénoncent davantage des actes anormaux. Cela aboutit à des procès comme ceux à venir des gynécologues Phuoc-Vinh Tran, renvoyé pour viols et agressions sexuelles sur une centaine de patientes, ou Émile Daraï à Paris, mis en examen pour violences volontaires.
Des victimes qui veulent que « ça serve »
Pour Sonia Bisch, présidente de l'association Stop aux violences obstétricales et gynécologiques, alléguer l'absence d'intention sexuelle pour se défendre relève de la « désinformation » et d'une volonté de « brouiller les cartes ». « Ce n'est pas parce qu'on consent à des soins qu'on va consentir à tout et de n'importe quelle manière. »
Emmanuelle Piet ajoute : « Il y a une stratégie, chez les agresseurs professionnels, de laisser penser que ça fait partie du soin. Mais en aucun cas le viol ne fait partie du soin. »
La plupart des procès pour viol se tiennent à huis clos, mais aucune demande en ce sens n'a été déposée pour ce procès. Seule une plaignante a demandé un huis clos partiel pour être entendue sans public. « Ce qui envahit ma cliente, c'est que ce procès se tienne, qu'il assume ses responsabilités », a affirmé Anne-Sophie Wagnon-Horiot, avocate d'une autre patiente. « Et au-delà de ça, ce qui est important pour elle, c'est que ça serve pour les autres. D'où le fait qu'on ne demande pas le huis clos : que ça puisse faire résonance chez des personnes qui n'ont pas osé, ou qui n'ont pas pu, ou qui ont cru que c'était de leur faute. »



