Noyade de deux marins au large d'Agde : le patron pêcheur condamné en appel va purger sa peine
La cour d'appel de Montpellier a confirmé ce jeudi 2 avril la condamnation de Christian Arnaud, 66 ans, patron pêcheur, pour travail dissimulé et homicides involontaires. Cette décision fait suite à la mort tragique de ses deux marins, Sébastien et Christophe Gil, âgés respectivement de 23 et 33 ans, lors du naufrage du chalutier Romain Luca au large d'Agde dans l'Hérault le 29 novembre 2020.
Une peine confirmée avec mandat de dépôt
Le tribunal a maintenu la peine de 4 ans de prison dont 2 avec sursis, identique à celle prononcée en première instance par le tribunal judiciaire de Béziers en 2023. Cependant, la juridiction a assorti cette condamnation d'un mandat de dépôt à effet différé avec exécution provisoire. Christian Arnaud sera ainsi convoqué dans les prochains jours pour commencer à purger sa peine d'emprisonnement.
Me Luc Abratkiewicz, avocat des parties civiles, a réagi à cette décision : "Les parties civiles sont satisfaites de cette décision, à la mesure de la gravité des faits et du mépris affiché par M. Arnaud qui n'a jamais reconnu les faits. À un moment, il faut assumer ses responsabilités."
Les circonstances tragiques du naufrage
Lors de l'audience du 27 janvier, la cour est revenue sur les événements de cette nuit tragique. Suite à une avarie d'eau, le Romain Luca a fait naufrage, et seul le patron pêcheur a survécu. Malgré ses déclarations selon lesquelles il était rongé "par la culpabilité" après le décès des deux frères dont il se disait très proche, Christian Arnaud a contesté toute responsabilité pénale concernant leur mort.
La juridiction a cependant souligné plusieurs manquements graves :
- Le patron n'a pas alerté les secours
- Il se trouvait en infraction par rapport au droit du travail
- Selon un rapport, il chalutait en dehors de la zone autorisée
- Il n'a pas mis le canot de sauvetage à l'eau
- Les deux frères décédés n'avaient pas d'équipement de protection individuel obligatoire
La défense du prévenu rejetée par la cour
Christian Arnaud avait fait valoir son état de panique, le stress et le manque de temps pour avoir les bons réflexes. La cour lui a rappelé qu'il avait eu "entre 12 et 15 minutes entre la voie d'eau et le bateau qui chavire", un laps de temps suffisant selon les magistrats pour prendre des mesures de sécurité appropriées.
Cette affaire met en lumière les risques encourus par les marins pêcheurs et l'importance du respect strict des normes de sécurité en mer. La décision de la cour d'appel de Montpellier marque une étape importante dans la recherche de justice pour les familles des victimes, près de six ans après le drame.



