Une tentative de vengeance armée sévèrement sanctionnée à Nîmes
Le tribunal correctionnel de Nîmes a rendu son verdict dans une affaire de projet d'expédition punitive au quartier du Chemin-Bas d'Avignon. Sept prévenus ont été jugés ce mardi 7 avril, avec des condamnations allant jusqu'à douze années d'emprisonnement pour les principaux protagonistes.
Contexte : des tirs près d'écoles qui déclenchent un projet de vengeance
L'affaire trouve son origine dans des tirs survenus le 8 février 2024 aux abords du groupe scolaire Georges-Bruguier, dans le quartier du Chemin-Bas d'Avignon. Cet incident, qui avait contraint des enfants à se confiner, avait profondément marqué les esprits. Le lendemain, un groupe d'individus aurait projeté de se venger, dans ce qui apparaît comme un conflit de territoire entre le "Cheum" et le Mas de Mingue.
Un contrat de 50 000 euros pour éliminer deux figures rivales
Selon les éléments de l'enquête, une équipe comprenant notamment un membre de la DZ Mafia aurait été constituée avec pour mission d'éliminer deux figures supposées du réseau rival, surnommées "Bouboule" et "Django". Un contrat de 50 000 euros aurait été proposé pour cette exécution.
Parmi les prévenus figurait Megdi Hassan, présent lors des premiers tirs et lui-même blessé. Le président du tribunal a relevé lors de l'audience des messages où ce dernier écrivait explicitement : "C'est la guerre".
L'intervention policière qui fait avorter le projet
Le 9 février, alors que le commando se préparait à passer à l'action, une intervention des policiers de la BAC a mis fin à leur projet. Une course-poursuite s'est ensuivie, au cours de laquelle une voiture a été percutée. Les forces de l'ordre ont alors découvert dans le véhicule des prévenus deux armes de calibre 7-65, dont une chargée avec quatre munitions, ainsi que quatre couteaux.
Me Aymeric Sagui, avocat de l'un des prévenus, a ironiquement questionné lors du procès : "Vous n'allez pas me faire croire qu'ils allaient mener une action punitive avec quatre couteaux et quatre munitions dans le chargeur ?"
Des preuves numériques au cœur de l'accusation
Le procureur a insisté sur l'importance des conversations récupérées sur l'application de messagerie chiffrée Signal, qu'il juge suffisantes pour caractériser l'association de malfaiteurs. Il a également pointé le rôle présumé d'instigateurs de Riyadh Benatallah Salah et Mohamed-Amine Makehal, pourtant incarcérés au moment des faits.
"De la prison, ils se permettent de tout organiser, cela mérite un bonus dans les peines", a-t-il insisté, réclamant des peines comprises entre deux et douze ans de prison avec une période de sûreté des deux tiers.
La défense dénonce un dossier "rempli de contradictions"
Face à ces accusations, les avocats de la défense ont longuement contesté la solidité du dossier. Plusieurs ont pointé des preuves jugées fragiles et des rôles attribués sans certitude absolue.
Me Vialette et Me Abdellaoui ont notamment rappelé que leurs clients, Mohamed Bendikha et Megdi Hassan, ne disposaient pas de l'application Signal, pourtant centrale dans l'accusation. Me Van Der Meulen, défendant l'un des présumés instigateurs, a quant à lui souligné l'incohérence des charges retenues contre son client, incarcéré au moment des faits.
Le verdict final : des peines lourdes pour la plupart des prévenus
Après délibéré, le tribunal a prononcé des condamnations sévères. Seul un prévenu, dont l'ADN avait été retrouvé sur l'un des chargeurs mais dont le téléphone était localisé à Apt au moment des faits, a bénéficié d'une relaxe.
Les autres écopent de peines substantielles : Abdelrerak Saadi et Riyadh Bentallah Salah ont été condamnés à douze ans de prison, avec une période de sûreté des deux tiers. Le premier écope de dix-huit mois supplémentaires pour évasion lors de sa garde à vue.
Mohamed-Amine Lakehal a quant à lui été condamné à dix ans d'emprisonnement, tandis que Mohamed Bendikha et Megdi Hassan écopent de huit ans. Le conducteur du véhicule a été condamné à un an sous bracelet électronique.
Toutes ces peines sont assorties d'une interdiction de port d'armes pendant cinq ans et d'un maintien en détention pour la majorité des condamnés. Ce verdict marque la fin judiciaire d'un projet de violence qui aurait pu avoir des conséquences dramatiques dans le quartier nîmois du Chemin-Bas d'Avignon.



